LES FOURBERIES DE SCAPIN, ACTE II, SCÈNE I
presse pour notre subsistance, et nous avons de tous côtés des gens qui aboient après nous.
SCAPIN
Laisse-moi faire, la machine est trouvée. Je cherche seulement dans ma tête un homme qui nous soit aflSdé, pour jouer un personnage dont j'ai besoin. Attends. Tiens-toi un peu. Enfonce ton bonnet en méciiant garçon. Campe-toi sur un pied. Slets la main au côté. Fais les yeux furibonds. Marche un peu en roi de théâtre. Voilà qui est bien. Suis-moi. J'ai des secrets pour déguiser ton visage et ta voix.
SIL'\1STBE.
Je te conjure, au moins, de ne m'aller point brouiller avec la justice.
SCAPIN
Va, va, nous partagerons les périls en frères; et trois ans de galères de plus ou de moins ne sont pas pour arrêter un noble cœur.
ABGANTE.
Ouais! voici qui est plaisant! Je ne déshériterai point mon fils.'
SCAPIN
Non , vous dis-je.
ABGANTE.
Qui m'en empêchera ?
SCAPI."«.
Vous-même.
ARGANTB.
Moi ?
SCAPIN
Oui. Vous n'aurez pas ce cœur-là.
AEGANTE.
Je l'aurai.
SCAPIN
Vous vous moquez.
ARGANXE.
Je ne me moque point.
SCAPIN
La tendresse paternelle fera son office.
ABGANTE.
Elle ne fera rien.
SCAPIN
Oui, oui.
ABGANTE.
Je vous dis que cela sera.
SCAPIN
Bagatelles.
Il ne faut point dire : Bagatelles.
SCAPIN
Mon Dieu! je vous connais; vous êtes bon naturellement.
ABGANTE.
Je ne suis point bon , et je suis méchant quand je veux. Finissons ce discours , qui m'échauffe la bile, (à Silvestre.) Va-t'en, pendard, va-t'en me chercher mon fripon , tandis que j'irai rejoindre le seigneur Géroute, pour lui conter ma disgrâce.
se APIN.
Monsieur, si je vous puis être utile en quelque chose , vous n'avez qu'à me commander.
ABGANTE.
Je vous remercie, (à part.) Ah! pourquoi faut-il qu'il soit fils unique! et que n'ai-je à cette heure la fille que le ciel m'a ôtée, pour la faire mon liéritière!