I.K NOTAIBE
Mettez-vous donc d'accord , et d'un jugement mûr, N'oyez à convenir entre vous du futur.
l'HILAMI^TE.
.Suivez , suivez , monsieur, le clioi.v où je m'arrête.
CUnVSALE.
Faites, faites, monsieur, les clioses à ma tête.
LE NOTAIRE
Dites-moi donc a qui j'obéirai des deux. piiiLAMiNTE, à Chrysak.
Quoi donc ! vous combattrez les choses que je veux !
CIIRVSALE.
Je ne saurais souffrir qu'on ne cherche ma fille Que pour l'amour du bien qu'on voit dans ma famille.
l'HII-AMINTE.
Vraiment, a votre bien on songe bien ici ! Kt c'est là, pour un sage, un fort digne souci !
CHRYSALE
l'.iifin , pour son époux, j'ai fait t^loix de Clitandre.
PHILAMINTE
( montrant Trissolin.) J'.t moi , pour son époux voici qui je veux prendre. Mon choix sera suivi; c'est un point résolu.
CHHYSALE.
Ouais ! Vous le prenez là d'un ton bien absolu.
MARTINE
Ce n'est point à la femme à prescrire, et je sommes Pour céder le dessus en toute chose aux honunes.
CHKYSALE.
C'est bien dit.
MARTINE
Mon congé cent fois me fût-il hoc ■ , La poule ne doit point chanter devant le coq.
CHRYSALE
Sans doute.
MARTINE
Et nous voyons que d'un lionime on se gausse , Quand sa femme cbez lui porte le haut-de-chausse.
CHRYSALE
]l est vrai.
MARTINE
Si j'avais un mari , je le dis , .Te voudrais qu'il se fit le maître du logis : Je ne l'aimerais point s'il taisait le .locrisse ; Kt, si je contestais contre lui par caprice, .Si je parlais trop haut , je trouverais fort bon Qu'avec quelques soufflets il rabaissât mon ton.
* Me^Ai'-'V hoc, c'est-à-tlire mefût-it assuré. Cette expression proverbiale vient du Iwc, jeu de c.irtes qu'on appelle ainsi parce qu'il y a six cartes ([ui sont hoc, c'esl-â-dire assurées à celui qui les joue. ( MÉN. ) Ce jeu fut apporté par Mazarin en France, et il de\ int tellement ii la mode qu'il donna un pro\ irlie a la langue. I.e sens de ce proverbe est qu'une teinme ne doit prendre la parolP^que lersque son mari a parle. ( Dicl. des Proverbes. )
CHRYSALE
C'est parler comme il faut.
MARTINE
Monsieur est raisonnable De vouloir pour sa fille un mari convenable.
CHRYSALE
Oui.
MARTINE
Par quelle raison , jeune et bien fait qu'il est , Lui refuser Clitandre? F.t pourquoi , s'il vous plaît , Lui bailler un savant qui sans cesse épilogue ? Il lui faut un mari , non pas un péda;;ogue; Et , ne voulant savoir le gr.iis ni le latin , Elle n'a pas besoin de monsieur Trissolin,
CHRYSALE
Fort bien.
PHILAMINTE
Il faut souffrir qu'elle jase à son aise.
Les savants ne sont bons que pour prêcher en chaise ; Et pour mon mari , moi, mille fois je l'ai dit, Je ne voudrais jamais prendre un homme d'esprit. L'esprit n'est point du tout ce qu'il faut en ménage. Les livres cadrent mal avec le mariage; Et je veux , si jamais on engage ma foi , lin mari qui n'ait point d'autre livre que moi , Qui ne sache A ne B, n'en déplaise à madame, Et ne soit, en un mot, docteur que pour sa femme.
PUILAMINTE , à Chrysale.
Est-ce fait ? Et sans trouble ai-je assez écouté Votre digne interprète .'
CHRYSALE
Elle a dit vérité.
PHILAMINTE
Et moi, pour trancher court toute cette dispute. Il faut qu'absolument mon désir s'exécute.
[montrant Trissolin.) Henriette et monsieur seront joints de ce pas : Je l'ai dit , je le veux ; ne me répliquez pas. Et , si votre parole à Clitandre est donnée , Offrez-lui le parti d'épouser son aînée.
CHRYSALE
Voilà dans cette affaire un accommodement.
{à Henriette et à Clitandre. ) Voyez : y donnez-vous votre consentement ?
HENRIETTE
Hé! mon père...
CLITANDRE, àChrijsalc.
Hé! monsieur...
On pourrait bien lui faire Des propositions qui poun-aient mieux lui plaire : Mais nous établissons une espèce d'amour Qui doit être épuré comme l'astre du jour :
La suljslant'e qui pense y peut être reçue; Mais nous en bannissons ia substance étendue.
LES FEMMES SAVANTES, ACTE V, SCÈNE V. Cw7
« les mains d'Argante et de Damon: et je vous donne " avis qu'en même jour ils ont fait tous deux ban- M ijueroute. »