‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 1205 sur 1284 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

ARISTE, CHRYSALE, PHILAJWINTE, BÉLISE, HENRIETTE, ARMANDE, TRISSOTIN, LE NOTAIRE, CLITANDRE, 5URTINE.

ARISTE

J'ai regret de troubler un mystère joyeux , Par le cbagrin qu'il faut que j'apporte en ces lieux. Ces deux lettres me font porteur de deux nouvelles Dont j'ai senti pour vous les atteintes cruelles.

(« PhUamlnte.) L'une , pour vous , me vient de votre procureur ;

( à Chrijsale. ) L'autre, pour vous , me vient de Lyon.

PHILAMINTE

Quel malheur Digne de nous troubler pourrait-on nous écrire.'

ABISTE.

Cette lettre en contient un que vous pouvez lire.

« Madame , j'ai prié monsieur votre frère de vous « rendre cette lettre , qui vous dira ce que je n'ai osé <i vous aller dire. La grande négligence que vous avez " pour vos affaires a été cause que le clerc de votre Il rapporteur ne m'a point averti , et vous avez perdu « absolument votre procès , que vous deviez gagner. »

CHRYSALE, à Philaminie.

Votre procès perdu !

PHILAMINTE , à Chfysale.

Vous vous troublez beaucoup !

Mon cœur n'est point du tout ébranlé de ce coup. Faites , faites paraître une âme moins commune A braver , comme moi , les traits de la fortune.

« Le peu de soin que vous avez vous coûte qua- « rante mille écus ; et c'est à payer cette somme , avec « les dépens que vous êtes condanmée par arrêt de « la cour. »

Condamnée ? Ah! ce mot est choquant, et n'est fait Que pour les criminels.

AKISTE.

Il a tort , en effet ; Et vous vous êtes là justement récriée. Il devait avoir mis que vous êtes priée, Par arrêt de la cour, de payer au plus tôt , Quarante mille écus, et les dépens qu'il faut.

PHILAMINTE

Voyons l'autre.

CHRYSALE

« Monsieur, l'amitié qui me lie à monsieur votre " frère me fait prendre intérêt à tout ce qui vous « touche. Je sais que vous avez mis votre bien entre

O ciel ! tout à la fois perdre ainsi tout son bien!

PHILAMINTE , « Chrijsale.

Ali ! quel honteux transport ! Fi ! tout cela n'est rien : Il n'est, pour le vrai sage, aucun revers funeste; Et, perdant toute chose , à soi-même il se reste. Achevons notre affaire, et cpiittez votre ennui.

{ montrant Trissolin. ) Son bien nous peut suffire et pour nous et pour lui.

TRISSOTIN

Non, madame : cessez de presser celte affaire.

Je vois qu'à cet hymen tout le monde est contraire ;

Et mon dessein n'est point de contraindre les gens.

PHILAMINTE

Cette réflexion vous vient en peu de temps ; Elle suit de bien près , monsieur, notre disgrâce.

TRISSOTIN

ne tant de résistance à la fin je me lasse. J'aime mieux renoncer à tout cet embarras. Et ne veux point d'un cœur qui ne se donne pas.

PHILAMINTE

Je vois , je vois de vous, non pas pour votre gloire. Ce que jusques ici j'ai refusé de croire.

TRISSOTIN

Vous pouvez voir de moi tout ce que vous voudrez , Et je regarde peu comment vous le prendrez : Mais je ne suis pas homme à souffrir l'infamie Des refus offensants qu'il faut qu'ici j'essuie. Je vaux bien que de moi l'on fasse plus de cas ; Et je baise les mains à qui ne me veut pas.

ARISTE , CHRYSALE , PHILAMINTE , RELISE , ARMANDE, HENRIETTE, CLITANDRE, LE NOTAIRE, MARTINE.

PHILAMINTE

Qu'il a bien découvert son âme mercenaire!

Et que peu philosophe est ce qu'il vient de faire!

CLITANDRE

Je ne me vante point de l'être ; mais enfin Je m'attache , madame , à tout votre destin ; Et j'ose vous offrir, avecque ma personne , Ce qu'on sait que de bien la fortune me donne.

PHILAMINTE

Vous me charmez, monsieur, par ce trait généreux , Et je veux couronner vos désirs amoureux. Oui , j'accorde Henriette à l'ardeur empressée..

HENRIETTE

Non, ma mère : je changea présent de pensée. Souffi'ez que je résiste à votre volonté.

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