‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 1250 sur 1284 · ARGAN, LOUISON · texte numérisé non relu

ARGAN, LOUISON

LOUISON

Qu'est-ce que vous me voulez, mon papa ? IMa bellemaman m'a dit que vous me demandez.

ARGAN

Oui. Venez çà. Avancez là. Tournez-vous. Levez les yeux. Regardez-moi. Hé?

LOUISON

Quoi , mon papa ?

ARGAN

Là?

LOUISON

Quoi?

ARGAN

N'avez-vous rien à me dire ?

LOUISON

Je vous dirai, si vous voulez, pour vousdésennuyer, le conte de Peau-d'Ane, ou bien la fable du Corbeau et du Renard, qu'on m'a apprise depuis peu.

ARGAN

Ce n'est pas là ce que je demande.

LOUISON

Quoi donc?

AKGAN.

Ah! rusée, vous savez bien ce que je veux dire!

LOUISON

Pardonnez-moi , mon papa.

AKGAN.

Est-ce là comme vous m'obéissez?

LOUISON

Quoi?

AKGAN.

Ne vous ai-je pas recommandé de me venir dire d'abord tout ce que vous voyez?

LE MALADE IMAGINAIRE, ACTE II, SCfiNE XL

LOUISON

Oui, mon papa.

AUGAN

L'avez-vous fait ?

LOUISON

Oui , mon papa. Je vous suis venue dire imit ce i|ue j'ai vu.

AKGAN.

Kt n'avez-vous rien vu aujourd'hui ?

LOUISOiN.

Non, mon papa.

Non?

Non, mon papa.

Assurément ?

Assurément.

ABGAN.

LOUISON

ARGAN

LOUISON

ABGAN.

Oh çà. je m'en vais vous faire voir quelque chose, moi.

LOUISON , voyant une poignée de verges qu'Argan a é(é prendre.

Ail! mon papa!

Ah ! ah ! petite masque , vous ne me dites pas que

vous avez vu un homme dans la chambre de votre

sœur!

LOUISON, pleurant.

Mon papa !

ARGAN , prenant Louison par le bras.

Voici qui vous apprendra à mentir.

LOUISON, se jetant à genoux.

Ah! mon papa, je vous demande pardon. C'est

que ma scrur m'avait dit de ne pas vous le dire; mais

je m'en vais vous dire tout.

ARGAN

Il faut premièrement que vous ayez le fouet pour avoir menti. Puis après nous verrons au reste.

LOUISON

Pardon , mon papa.

ABGAN.

Non, non.

LOUISON

Mon pauvre papa , ne me donnez pas le fouet !

ARGAN

Vous l'aurez.

LOUISON

Au nom de Dieu, mon papa , que je ne l'aie pas!

ARGAN, voulant la fouetter.

Allons, allons.

LOUISON

Ah! mon papa, vous m'avez blessée. Attendez : je suis morte.

( Elle contrefait la morte. )

ABGAN.

Ilolà! qu'est-ce là? I.ouisnn, Louison. Ah, mon Dieu! Louison! Ah! ma fille! Ah! nialheureux! ma pauvre fille est morte! Qu'ai-je fait, misérable? Ah, chiennes de verges! La peste soit des verges! Ah! ma pauvre fille, ma pauvre petite Louison.

LOUISON

La, la, mon papa, ne pleurez point tant : je ne suis pas morte tout à fait.

ARGAN

Voye/.-vous la pcl i le rusée ! Oh rà , çà , je vous pardonne pour cette fois-ci , pourvu que vous me disiez bien tout.

LOUISON

Oh ! oui , mon papa.

ABGAN.

Prenez-y bien garde, au moins; car voilà un petit doigt qui sait tout, et qui me dira si vous mentez ■ .

LOLISON.

Mais, mon papa, ne dites pas à ma sœur que je vous l'ai dit.

ARGAN

Non, non.

LOUISON , après avoir regardé si personne n'écoule.

C'est, mon papa, qu'il est venu un homme dans la chambre de ma sœur comme j'y étais.

ABGAN.

Eli bien ?

LOUISON

.Te lui ai demandé ce qu'il demandait , et il m'a dit qu'il était son maître à chanter.

ARGAN, à part.

Hom! hom! voilà l'affaire, (à Louison.) Y\\ bien?

LOUISON

Ma sœur est venue après.

ARGAN

Eh bien?

LOUISON

Elle lui a dit : Sortez, sortez, sortez. Mon Dieu, sortez ; vous me mettez au désespoir.

ABGAN.

Eh bien?

LOUISON

Et lui il ne voulait pas sortir.

ARGAN

Qu'est-ce qu'il lui disait?

LOUISON

Il lui disait je ne sais combien de choses.

' Les anciens appelaient le petit doigt auriculaire, parce qu'on sVn sert quelquefois à se nettoyer l'oreille. Un pcro . en l'eniployanl à cet usage , aura fait une question h son enfant , et dit, comme Ai-gan : Prenez-y garde , mou petit doigt ivi nw dire si vous mente:; et c'est là sans doute ce qui a donne lieu au proverbe. ( Proverbes français , pag. 466. )

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