‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 18 sur 1284 · L'ÉTOURDI, ACTE I, SCÈNE X · texte numérisé non relu

L'ÉTOURDI, ACTE I, SCÈNE X

Et cependant ici tu fais tout le contraire !

HIPPOLYTE

Oui , traître, c'est ainsi que tu me rends service ! Je viens de tout entendre , et voir ton artifice : A moins que de cela , l'eussé-je soupçonné ? Cj .tjT ,, Tu couches d'imposture ' , et tu m'en as donné. > '^-'^ Tu m'avais promis, lâche, et j'avais lieu d'attendre Qu'on te verrait servir mes ardeurs pour Léandre ; Que du choix de Lélie, où l'on veut m'obliger, Ton adresse et tes soins sauraient me dégager ; Que tu m'affranchirais du projet de mon père :

' Coucher d'imposture, poarpnyer de ruses, de mensonges. Cette manière de s'exprimer, dit Voltaire, n'est plus admise : elle vient du Jeu. On disait : couché de vingt pistoles, de trente pistolet, couche belle.

Mais tu t'abuseras ; je sais un sdr moyen Pour rompre cet achat où tu pousses si bien ; Et je vais de ce pas...

MASCAKILLE.

Ah ! que vous êtes prompte !

La mouche tout d'un coup à la tète vous monte • , Et sans considérer s'il a raison ou non , Votre esprit contre moi fait le petit démon. J'ai tort, et je devrais, sans finir mon ouvrage. Vous faire dire vrai , puisqu'ainsi l'on m'outrage.

HIPPOLYTE

Par quelle illusion penses-tu m'éblouir .' Traître, peux-tu nier ce que je viens d'ouïr ?

MASCAKILLE.

Non. Mais il faut savoir que tout cet artifice Ne va directement qu'à vous rendre service , Que ce conseil adroit , qui semble être sans fard , Jette dans le panneau l'un et l'autre vieillard ' ; Que mon soin par leurs mains ne veut avoir Célie Qu'à dessein de la mettre au pouvoir de Lélie; Et faire que, l'effet de cette invention Dans le dernier excès portant sa passion , Anselme , rebuté de son prétendu gendre , Puisse tourner son choix du côté de Léandre.

HIPPOLYTE

Quoi ! tout ce grand projet, qui m'a mise en courroux, Tu l'as formé pour moi , Jlascarille ?

MASCAKILLE.

Oui, pour vous.

Mais puisqu'on reconnaît si mal mes bons offices; Qu'il me faut de la sorte essuyer vos caprices , Et que, pour récompense, on s'en vient, de hauteur , Me traiter de faquin , de lâche , d'imposteur , Je m'en vais réparer l'erreur que j'ai commise, Et dès ce même pas rompre mon entreprise.

HIPPOLYTE, l'arrêtant.

Eh ! ne me traite pas si rigoureusement, \ Et pardonne aux transports d'un premier mouvement.

' y MASCARILLE.

"Son , non , laissez-moi faire ; il est en ma puissance De détourner le coup qui si fort vous offense. Vous ne vous plaindrez point de mes soinsdésormais; Oui , vous aurez mon maître , et je vous le promets.

HIPPOLYTE

Eh ! mon pauvre garçon , que ta colère cesse !

■ Imitation du proverbe italien : salir le mosche al naso. On dit proverbialement en français, qu'«« homme est tendre aux inouchcs, qu'il prend la mouche, que la mouche le pique, pour exprimer qu'il est trop susceptible , qu'il se fâche mal à propos. (B. )

" On appelle panneau un tilet à prendre des lièvres, des lapins, etc. De là les expressions proverbiales donner, se jeter, ei jeter quelqu'un dans le panneau. (A. )

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