‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 252 sur 1284 · ISABELLE, SGANARELLE, VALÈRE, ERGASTE · texte numérisé non relu

ISABELLE, SGANARELLE, VALÈRE, ERGASTE

ISABELLE

Quoi ! vous me l'amenez ! Quel est votre dessein? Prenez-vous contre moi ses intérêts en main ? Et voulez-vous , charmé de ses rares mérites , M'obliger à l'aimer, et souffrir ses visites ?

Non , ma mie , et ton cœur pour cela m'est trop cher : Mais il prend mes avis pour des contes en l'air, Croit que c'est moi qui parle , et te fais , par adresse , Pleine pour lui de haine, et pour moi de tendresse ; Et par toi-même enfin j'ai voulu sans retour Le tirer d'une erreur qui nourrit son amour.

ISABELLE, à f'alère.

Quoi! mon Sme à vos yeux ne se montre pas toute, Et de mes voeux encor vous pouvez être en doute ?

VALERE. -

Oui , tout ce que monsieur de votre part m'a dit , Madame , a bien pouvoir de surprendre un esprit : J'ai douté , je l'avoue ; et cet arrêt suprême , Qui décide du sort de mon amour extrême , Doit m'être assez touchant pour ne pas s'offenser Que mon cœur par deux fois le fasse prononcer.

ISABELLE

Non , non , un tel arrêt ne doit pns vous surprendre : Ce sont mes sentiments qu'il vous a fait entendre : Et je les tiens fondés sur assez d'équité , Pour en faire éclater toute la vérité.

Oui, je veux bien qu'on sache , et j'en dois être crue, Que le sort offre ici deux objets à ma vue. Qui, m'inspirant pour eux différents sentiments. De mon cœur agité font tous les mouvements. L'un , par un juste choix où l'honneur m'intéresse , A toute mon estime et toute ma tendresse ; Et l'autre, pour le prix de son affection, A toute ma colère et mon aversion.

La présence de l'un m'est agréable et chère , J'en reçois dans mon âme une allégresse entière ; Et l'autre , par sa vue, inspire dans mon cœur De secrets mouvements et de haine et d'horreur. Me voir femme de l'un est toute mon envie ; Et plutôt qu'être à l'autre on m'ôterait la vie. Mais c'est assez montrer mes justes sentiments, Et trop longtemps languir dans ces rudes tourments; Il faut que ce que j'aime, usant de diligence , Fasse à ce que je hais perdre toute espérance, Et qu'un heureux hymen afïi'anchisse mon sort D'un supplice pour moi plus affreux que la mort.

SGANAEELLE.

Oui , mignonne , je songe à remplir ton attente.

ISABELLE

C'est l'unique moyen de me rendre contente.

SGANARELLE

Tu le seras dans peu.

ISABELLE

Je sais qu'il est honteux Aux filles d'expliquer si librement leurs vœux.

SGANARELLE

Point, point.

ISABELLE

Mais, en l'état où sont mes destinées.

De telles libertés doivent m'être données ; Et je puis, sans rougir, faire un aveu si doux A celui que déjà je regarde en époux.

SGANARELLE

Oui , ma pauvre fanfan , pouponne de mon âme !

ISABELLE

Qu'il songe donc, de grâce, à me prouver sa ûamme!

SGANARELLE

Oui, tiens, baise ma main.

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