‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 270 sur 1284 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ÉRASTE, LA MO>"TAGNE

ÉBASTE.

Sous quel astre , bon Dieu ! faut-il que je sois né , Pour être de fàcheiLX toujours assassiné ! Il semble que partout le sort me les adresse. Et j'en vois chaque jour quelque nouvelle espèce; Mais il n'est rien d'égal au fâcheux d'aujourd'hui ; J'ai cru n'être jamais débarrassé de lui , Et cent fois j'ai maudit cette innocente envie Qui m'a pris à dîner de voir la comédie, Où , pensant m'égayer, j'ai misérablement Trouvé de mes péchés le rude châtiment. Il faut que je te fasse un récit de l'affaire, Car je m'en sens encor tout ému de colère.

t:.r, LES FACHEUX,

J'étais sur k' tlié;Ure en Ininieur d'écouter La pièce, qu'à plusieurs j'avais ouï vanter; I,es acteurs commençaient, ciiacun prêtait silence; Lorsijuc, d'un air bruyant et plein d'extravagance, Un homme à grands canons est entré brusquement En criant : Holà ! ho ! un siège promptement ! Et de son grand fracas surprenant l'assemblée. Dans le plus bel endroit a la pièce troublée. Kh! mon Dieu! nos Français, si souvent redressés, Ne prendront-ils jamais un air de gens sensés? Ai-je dit; et faut-il sur nos défauts extrêmes Qu'en théâtre public nous nous jouions nous-mêmes, J Et conlirmions ainsi , par des éclats de fous , Ce que chez nos voisins on dit partout de nous ? Tandis que là-dessus je haussais les épaules, I,es acteurs ont voulu continuer leurs rôles ; Mais l'homme pour s'asseoir a fait nouveau fracas , Et traversant encor le théâtre à grands pas , Bien que dans les côtés il piU être à son aise, Au milieu du devant il a planté sa chaise , Et de son large dos morguant les spectateurs. Aux trois quarts du parterre a caché les acteurs. Un bruit s'est élevé , dont un autre eût eu honte ; Mais lui, ferme et constant, n'en a fait aucun compte. Et se serait tenu comme il s'était posé. Si, pour mon infortune, il ne m'eût avisé. Ah ! marquis, m'a-t-il dit, prenant près de moi place, Comment te portes-tu? Souffre que je t'embrasse. Au visage , sur l'heure , un rouge m'est monté Que l'on me vît connu d'un pareil éventé. Je l'étais peu pourtant ; mais on en voit paraître De ces gens qui de rien veulent fort vous connaître. Dont il faut au salut les baisers essuyer , Et qui sont familiers jusqu'à vous tutoyer. 11 m'a fait à l'abord cent questions frivoles. Plus haut que les acteurs élevant ses paroles. Chacun le maudissait ; et moi , pour l'arrêter , Je serais, ai-je dit, bien aise d'écouter. [damne ! — Tu n'as point vu ceci, manjuis? Ah! Dieu me Je le trouve assez drôle, et je n'y suis pas âne; . Je sais par quelles lois un ouvrage est parfait, Et Corneille me vient lire tout ce qu'il fait. Là-dessus de la pièce il m'a fait un sommaire, Scène à scène averti de ce qui s'allait faire, Et jusques à des vers qu'il en savait par cœur , Il me les récitait tout haut avant l'acteur. •;>'•

J'avais beau m'en défendre, il a poussé sa chailce, Et s'est devers la (in levé longtemps d'avance; Car les gens du bel air , pour agir galamment, Se gardent bien surtout d'ouïr le dénoilnient. Je rendais grâce au ciel, et croyais, de justice. Qu'avec la comédie eût flni mon supplice; Mais, comme si c'en eût été trop bon marché. Sur nouveaux frais mon homme à moi s'est attaché,

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