ACTE I, SCÈNE I
M'a conté ses exploits , ses vertus non communes, Parlé de ses chevaux , de ses bonnes fortunes , Et de ce qu'à la cour il avait de faveur , Disant qu'à m'y servir il s'offrait de grand cœur. Je le remerciais doucement de la tête , Minutant à tous coups quelque retraite honnête; Mais lui , pour le quitter me voyant ébranlé : Sortons, ce m'a-t-il dit, le monde est écoulé. Et sortis de ce lieu , me la donnant plus sèche. Marquis, allons au Cours ' faire voir ma calèche; Elle est bien entendue, et plus d'un duc et pair En fait à mon faiseur faire une du même air. Moi de lui rendre grâce, et pour mieux m'en défen- De dire que j'avais certain repas à rendre. [dre,
— Ah, parbleu! j'en veux être, étant de tes amis, Et manque au maréchal à qui j'avais promis.
De la chère , ai-je fait , la dose est trop peu forte
Pour oser y prier des gens de votre sorte.
Non, m'a-t-il répondu, je suis sans compliment ,
Et j'y vais pour causer avec toi seulement ;
Je suis des grands repas fatigué , je te jure.
Mais si l'on vous attend, ai-je dit, c'est injure, [tous,
— Tu te moques, marquis; nous nous connaissons Et je trouve avec toi des passe-temps plus doux.
Je pestais contre moi, l'âme triste et confuse Du funeste succès qu'avait eu mon excuse. Et ne savais à quoi je devais recourir. Pour sortir d'une peine à me faire mourir; Lorsqu'un carrosse fait de superbe manière. Et comblé de laquais et devant et derrière, S'est , avec un grand bruit , devant nous arrêté , D'où sautant un jeune homme amplement ajusté, Mon importun et lui courant à l'embrassade , Ont surpris les passants de leur brusque incartade; Et tandis que tous deux étaient précipités Dans les convulsions de leurs civilités , Je me suis doucement esquivé sans rien dire , Non sans avoir longtemps gémi d'un tel martyre , Et maudit le fâcheux dont le zèle obstiné 'M'ôtait au rendez-vous qui m'est ici donné.
LA MO.NTAGAE.
Ce sont chagrins mêlés aux plaisirs de la vie. Tout ne va pas, monsieur, au gré de notre envie. Le ciel veut qu'ici-bas chacun ait ses fâcheux , Et les hommes seraient sans cela trop heureux.
ÉBÀSTE.
Jlais de tous mes fâcheux le plus fâcheux encore
' Le Cours est cette partie des Champs-Elysées qui porte le nom de Cours la Reine , à cause des plantations qu"y lit faire Marie de !\Icdicis. Boursault, dans la préface île son pelil roman iW-trlèmise et Polianle, nous apprend que la comédie se terminait alors à sept heures du soir. Celle circonstance explique suflisammeut comment, en sortant du spectacle, le f.icheux peut aller au Cours faire voir sa ealèche.