SCÈNE III. SCÈNE IV
LA PRINCESSE, AGLANTE, CYNTHIE, ARIS- TOMÈNE, THÉOCLE, EURYALE, PHILIS, ARBATE, MORON.
ARISTOMÈNE
Reprochez-vous, madame, à nos justes alarmes Ce péril dont tous deux avons sauvé vos charmes ? J'aurais pensé, pour moi , qu'abattre sous nos coups Ce sanglier qui portait sa fureur jusqu'à vous , Était une aventure, ignorant votre chasse, Dont à nos bons destins nous dussions rendre grâce; Mais, à cette froideur, je connais clairement Que je dois concevoir un autre sentiment, Et quereller du sort la fatale puissance Qui me fait avoir part à ce qui vous offense.
THÉOCLE.
Pour moi , je tiens , madame , à sensible bonheur L'action où pour vous a volé tout mon cœur, Et ne puis consentir, malgré votre murmure, A quereller le sort d'une telle aventure. D'un objet odieux je sais que tout déplaît ; Mais, dût votre courroux être plus grand qu'il n'est. C'est extrême plaisir , quand l'amour est extrême. De pouvoir d'un péril affranchir ce qu'on aime.
LA PRINCESSE
Et pensez-vous, seigneur, puisqu'il me faut parler, Qu'il eût eu , ce péril , de quoi tant m'ébranler ? Que l'arc et queledard,pourmoisi pleins de charmes. Ne soient entre mes mains que d'inutiles armes? Et que je fasse enfin mes plus fréquents emplois De parcourir nos monts , nos plaines et nos bois , Pour n'oser, en chassant, concevoir l'espérance De suffire moi seule à ma propre défense ? Certes, avec le temps, j'aurais bien profité De ces soins assidus dont je fais vanité, .S'il fallait que mon bras , dans une telle quête , Ne pût pas triompher d'une chétive bête ! Du moins, si , pour prétendre à de sensibles coups , Le commun de mon sexe est trop mal avec vous. D'un étage plus haut accordez-moi la gloire, Et me faites tous deux cette grdce de croire , Seigneurs , que quel que fût le sanglier d'aujourd'hui , J'en ai mis bas sans vous de plus méchants que lui.
THÉOCLE.
Mais, madame...
LA PBINCESSE.
Eh bien ! soit. Je vois que votre envie Est de persuader que je vous dois la vie ; J'y consens. Oui, sans vous, c'était fait de mes jours. Je rends de tout mon cœur grâce à ce grand secours ; Et je vais de ce pas au prince, pour lui dire Les bontés que pour moi votre amour vous inspire.
EURYALE, ARBATE, MORON.
MORON
Eh ! a-t-on jamais vu de plus farouche esprit? De ce vilain sanglier l'heureux trépas l'aigrit. Oh! comme volontiers j'aurais d'un beau salaire Récompensé tantôt qui m'en eût su défaire !
ARRATE, à Eurijale.
Je vous vois tout pensif, seigneur , de ses dédains ; Mais ils n'ont rien qui doive empêcher vos desseins. Son heure doit venir, et c'est à vous, possible, Qu'est réservé l'honneur de la rendre sensible.
MORON
11 faut qu'avant la course elle apprenne vos feux ; Et je...
EURYALE
Non. Ce n'est plus, Moron, ce que je veux; Garde-toi de rien dire, et me laisse un peu faire; J'ai résolu de prendre un chemin tout contraire. Je vois trop que son cœur s'obstine à dédaigner Tous ces profonds respects qui pensent la gagner ; Et le dieu qui m'engage à soupirer pour elle M'inspire pour la vaincre une adresse nouvelle. Oui, c'est lui d'où me vient ce soudain mouvement, Et j'en attends de lui l'heureux événement.
ARBATE.
Peut-on savoir, seigneur, par où voire espérance...
EURYALE
Tu vas le voir. Allons , et garde le silence.
PREMIER INTERMÈDE