SCÈNE VI
DON JUAN, SGANARELLE
DON JUAN
Holà I eh ! Sganarelle !
SCAN ABELLE , sorlatit de l'emlroit où il é/ail caché l'Iaît-il ?
DON JUAN
Comment ! coquin , tu fuis quand on m'attaque ^
SGANAEELLE.
Pardonnez-moi, monsieur, je viens seulement d'ici près. Je crois que cet habit est purgatif , et que c'est prendre médecine que de le porter.
DON JUAN
Peste soit l'insolent ! Couvre au moins ta poltronnerie d'un voile plus honnête. Sais-tu bien qui est celui à qui j'ai sauvé la vie .'
SGANABELLE.
Moi ? non.
C'est un frère d'Elvire.
SGANABELLE.
Un...
DON JUAN
Il est assez honnête homme , il en a bien usé , et j'ai regret d'avoir démêlé avec lui.
SGANABELLE.
II vous serait aisé de pacifier toutes choses.
DON JUAN
Oui ; mais ma passion est usée pourdone Elvirc, et l'engagement ne compatit point avec mon humeur.
LE FESTIN Dl' PIERRK, ACTE IIF, SCENE VI.
J'aiiiiu la liliertc en amour, tu le sais, et Je ne saurais me résoudre à renfermer mon eœur entre quatre murailles. Je te l'ai dit vin^t fois , j'ai une pente naturelle h me laisser aller à tout ee qui m'attire. Mon acur est A toutes les belles, et c'est à elles à le prendre tour à tour, et à le garder tant qu'elles le pourront. Mais quel est le superbe édifice que je vois entre ces arbres?
SfiANAKELLE.
Vous ne le savez pas ?
DON JUAN
Non, vraiment.
se. AiNAUKLLK.
Bon! c'est le tombeau que le commandeur faisait faire lorsque vous le tuâtes.
DON JUAN
Ah ! tu as raison. Je ne savais pas que c'était de ce côté-ci qu'il était. Tout le monde m'a dit des merveilles de cet ouvrage , aussi bien que de la statue du commandeur; et j'ai envie de l'aller voir.
SGANAEELLE.
IMonsieur, n'allez point là.
DON JUAN
Pourquoi ?
SGANAEELLE.
Cela n'est pas civil, d'aller voir un honune que vous avez tue.
DON JUAN
Au contraire , c'est une visite dont je lui veux faire civilité, et qu'il doit recevoir de bonne grâce, s'il est galant lionnne. Allons , entrons dedans. (Le tombeau s'ouvre, et l'on voit la statua du eommundeur.)
SfiANARELLE.
Ah ! que cela est beau ! les belles statues! le beau marbre! les beaux piliers ! ah! que cela est beau! Qu'en dites-vous , monsieur .'
DON JUAN
Qu'on ne peut voir aller plus loin l'ambition dun lionnne mort; et ce que je trouve admirable, c'est qu'un homme qui s'est passé durant sa vie d'une assez simple demeure, en veuille avoir une si magnifique pour quand il n'en a plus que faire.
SGANAnEI-LE.
Voici la statue du commandeur.
DON JUAN
l'arbleu! le voilà bon, avec son habit d'empereur romain !
SOANARELLE.
Ma foi, monsieur, voilà qui est bien fait. Il semble qu'il est en vie, et qu'il s'en va parler, lljelte des regards sur nous qui me feraient peur si j'elais tout seul , et je pense qu'il ne prend pas plaisir de nous voir.
DON JUAN
IJ aurait tort, et ce serait mal recevoir l'honneur
que je lui fais. Demande-lui s'il veut venir souper avec moi.
Sr.ANARELLE.
C'est une chose dont II n'a pas besoin, je crois.
DON JUAN
Demande-lui , te dis-je.
SGANABELLE.
Vous moquez-vous? Ce serait être fou, que d'aller parler à une statue.
DON JUAN
Fais ce que je te dis.
Quelle bizarrerie! Seigneur commandeur... (« l)arl. ) Je ris de ma sottise, mais c'est mon maître qui me la fait faire. (Aa«<.) Seigneur commandeur, mon maître don Juan vous demande si vous voulez lui faire l'honneur de venir souper avec lui. [La statue baisse la tête. ) Ah !
DON JUAN
Qu'est-ce ? Qu'as-lu? Dis donc. Veux-tu parler? SGANAUELLE , baissant lu tête comme la statue. La statue...
DON JUAN
Eh bien! que veux-tu dire, traître?
SGANABELLE.
Je vous dis que la statue...
DON JUAN
Eh bien! la statue? Je t'assomme. si lu ne parles.
SGANABELLE.
La statue m'a fait signe.
DON JUAN
La peste le coquin !
SGANABELLE.
Elle m'a fait signe, vous dis-je, il n'est rien de plus vrai. Allez-vous-en lui parler vous-même pour voir. Peut-être...
DON JUAN
Viens, maraud, viens. Je te veux bien faire toucher au doigt ta poltronnerie. Prends garde. Le seigneur commandeur voudrait-il venir souper avec
( La statue baisse encore la Me. )
SGANABELLE.
Je ne voudrais pas en tenir dix pistolcs. Eh bien ! monsieur ?
DON JUAN
Allons, sortons d'ici.
SGANABELLE,feii/.
Voilà de mes esprits forts, qui ne veulent t'usu
croire.