‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 570 sur 1284 · ACTE m, SCENE VIL · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE VIL

Et le mérite enfin (|ue vous nous faites voir Devrait...

ALCESTE

Mon Dieu ! laissons mon mérite, de grAce; De quoi voulez-vous là que la cour s'embarrasse? Elle aurait fort à faire, et ses soins seraient grands, D'avoir à déterrer le mérite des gens.

ARSINOÉ

Un mérite éclatant se déterre lui-même.

Du vôtre en bien des lieux on fait un cas extrême; Et vous saurez de moi qu'en deux fort bons endroits Vous fdtes hier loué par des gens d'un grand poids.

ALCESTE

Eh! madame, l'on loue aujourd'hui tout le monde,

Et le siècle par là n'a rien qu'on ne confonde.

Tout est d'un grand mérite également doué.

Ce n'est plus un honneur que de se voir loué ;

D'éloges on regorge, à la tête on les jette ,

Et mon valet de chambre est mis dans la gazette.

ARSINOÉ. [mieux ,

Pour moi, je voudrais hien que, pour vous montrer Une charge à la cour vous pût frapper les yeux. Pour peu que d'y songer vous nous fassiez les mines, On peut, pour vous servir, remuer des machines; Et j'ai des gens en main que j'emploîrai pour vous, Qui vous feront à tout un chemin assez doux.

ALCESTE

Et que voudriez-vous , madame, que j'y fisse? I/humeur dont je me sens veut que je m'en bannisse; Le ciel ne m'a point fait , en me donnant le jour , Une âme compatible avec l'air de la cour. Je ne me trouve point les vertus nécessaires Pour y bien réussir, et faire mes affaires. Etre franc et sincère est mon plus grand talent ; Je ne sais point jouer les hommes en parlant ; Et qui n'a pas le don de cacher ce qu'il pense , Doit faire en ce pays fort peu de résidence. Hors de la cour , sans doute , on n'a pas cet appui , Et ces titres d'honneur qu'elle donne aujourd'hui , IMais on n'a pas aussi , perdant ces avantages , Le chagrin déjouer de fort sots personnages : On n'a point à souffrir mille rebuts cruels , On n'a point à louer les vers de messieurs tels , A donner de l'encens à madame une telle. Et de nos francs marquis essuyer la cervelle.

ARSINOÉ

Laissons, puisqu'il vous plaît , ce chapitre de cour ; Mais il faut que mon cœur vous plaigneen votre amour: Et pour vous découvrir là-dessus mes pensées , Je souhaiterais fort vos ardeurs mieux placées. Vous méritez sansdoute un sort beaucoup plus doux, Et celle qui vous charme est indigue de vous.

ALCESTE

Slais en disant cela , songez-vous , je vous prie,

Que eette personne est , madame , votre amie ?

ARSINOK.

Oui. Mais ma conscience est blessée en cfïVt

De souffrir plus longtemps le tort que l'on vous fait.

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