‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 835 sur 1284 · DANDIN, CLAUDINE · texte numérisé non relu

DANDIN, CLAUDINE

MADAME DE SOTENVILLE.

Pour ce qui est de cela, la jalousie est une étrange chose ! J'amène ici ma fille pour éclaircir l'affaire en présence de tout le monde.

CLITANDRE , à Angélique.

Est-ce donc vous, madame, qui avez dit à votre mari que je suis amoureux de vous?

ANGKLIQIE.

l\Ioi? Et comment lui aurais-je dit."" Est-ce que cela est! Je voudrais bien le voir vraiment, que vous fussiez amoureux de moi. Jouez-vous-y, je vous en prie; vous trouverez à qui parler; c'est une chose que je vous conseille de faire ! Ayez recours , pour voir, à tous les détours des amants : essayez un peu, par plaisir, à m'envoyer des ambassades, à m'éerire secrètement de petits billets doux, à épier

ACTK I, SCENE VL

les moments que mon mari n'y sera pas , ou le temps (pje je sortirai, pour me parler de votre amour : vous n'avez qu'à y venir, je vous promets que vous serez reçu comme il faut.

CLITANDRE

né ! la , la , madame, tout doucement. Il n'est pas nécessaire de me faire tant de leçons , et de vous tant scandaliser. Qui vous dit que je songe à vous aimer ?

ANGÉLIQUE

Que sais-je, moi, ce qu'on me vient conter ici?

CLITANDRE

On dira ce que l'on voudra ; mais vous savez si je vous ai parlé d'amour, lorsque je vous ai rencontrée.

Vous n'aviez qu'à le faire, vous auriez été bien venu !

CLITANDRE

Je vous assure qu'avec moi vous n'avez rien à craindre; que je ne suis point honuue à donner du chagrin aux belles; et que je vous respecte trop , et vous, et messieurs vos parents, pour avoir la pensée d'être amoureux de vous.

MADAME DE SOTENVILLE , à Georgs DoTidin.

Eh bien ! vous le voyez.

MONSIEUR DE SOTENVILLE.

Vous voilà satisfait , mon gendre. Que dites-vous

à cela?

GEORGE DANDIN

Je dis que ce sont là des contes à dormir debout; que je sais bien ce que je sais, et que tantôt , puisqu'il faut parler net, elle a reçu une ambassade de sa part.

ANGÉLIQUE

Moi , j'ai reçu une ambassade ?

CLITANDRE

J'ai envoyé une ambassade?

ANGÉLIQUE

Claudine ?

CLITANDRE , à Claudine.

Est-il vrai ?

Par ma foi, voilà une étrange fausseté!

GEORGE DANDIN

Taisez-vous, carogne que vous êtes. Je sais de vos nouvelles; et c'est vous qui tantôt avez introduit le courrier.

CLAUDINE

Qui ? moi ?

GEORGE DANDIN

Oui, VOUS. Ne faites point tant la sucrée.

CLAUDINE

Hélas! que le monde aujourd'hui est rempli de méchanceté, de maller soupçonner ainsi, moi qui suis l'innocence même !

CEOKGE DAKDIN.

Taisez-vous, bonne pièce '. Vous faites la sournoise, mais je vous connais il y a longtemps; et vous êtes une dessalée '.

CLAUDINE, à Angélique.

IMadame, est-ce que?...

GEORGE DANDIN

Taisez-vous , vous dis-je ; vous pourriez bien porter la folle encbère de tous les autres, et vous n'avez point de père gentilhomme.

ANGÉLIQUE

C'est une imposture si grande, et qui me touche si fort au cœur, que je ne puis pas même avoir la force d'y répondre. Cela est bien horrible, d'être accusée par un mari, lorsqu'on ne lui fait rien qui ne soit à faire! Hélas! si je suis blâmable de quelque chose, c'est d'en user trop bien avec lui.

CLAUDINE

Assurément.

ANGÉLIQUE

Tout mon malheur est de le trop considérer; et plût au ciel que je fusse capable de souffrir, comme il dit, les galanteries de quelqu'un! je ne serais pas tant à plaindre. Adieu; je me retire, et je ne puis plus endurer qu'on m'outrage de cette sorte.

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