‹ Œuvres complètes de Molière avec des notes de tous les commentateursChapitre 880 sur 1284 · ÉRASTE, UN APOTHICAIRE · texte numérisé non relu

ÉRASTE, UN APOTHICAIRE

ÉRASTE

Je crois , monsieur, que vous êtes le médecin à qui l'on est venu parler de ma part ?

L APOTHICAIRE

Non , monsieur ; ce n'est pas moi qui suis le méde cin ; à moi n'appartient pas cet honneur, et je ne suis qu'apothicaire; apothicaire indigne, pour vous servir.

ÉBASTE.

Et monsieur le médecin est-il à la maison.'

l'apothicaibe.

Oui. Il est là embarrassé à expédier quelques malades ; et je vais lui dire que vous êtes ici.

ÉBASTE.

Non : ne bougez ; j'attendrai qu'il ait fait. C'est pour lui mettre entre les mains certain parent que nous avons, dont on lui a parlé, et qui se trouve attaqué de quelque folie , que nous serions bien aises qu'il pût guérir avant que de le marier.

l'apothicaibe.

Je sais ce que c'est , je sais ce que c'est ; et j'étais avec lui quand on lui a parlé de cette affaire. Ma foi , ma foi , vous ne pouviez pas vous adresser à un médecin plus habile. C'est un honnne qui sait la médecine à fond , comme je sais ma croix jde par Dieu, et qui , quand on devrait crever , ne démordrait pas d'un iota des règles des anciens. Oui , il suit toujours le grand chemin, le grand chemin, et ne va point chercher midi à quatorze heures ; et , pour tout l'or du monde , il ne voudrait pas avoir guéri une per» sonne avec d'autres remèdes que ceux que la faculté permet.

ÉRASTE

Il fait fort bien. Un malade ne doit point vouloir guérir que la faculté n'y consente.

l'apothicaibe.

Ce n'est pas parce que nous sommes grands amis que j'en parle ; mais il y a plaisir, il y a plaisir d'être son malade; et j'aimerais mieux mourir de ses remèdes que de guérir de ceux d'un autre. Car, quoi qu'il puisse arriver, on est assuré que les choses sont toujours dans l'ordre, et, quand on meurt sous sa conduite , vos héritiers n'ont rien à vous reprocher.

ÉBASTE.

C'est une grande consolation pour un défunt!" l'apothicaibe.

Assurément. On est bien aise au moins d'être mort méthodiquement. Au reste , il n'est pas de ces médecins qui marchandent les maladies; c'est un homme expéditif , expéditif, qui ai me à dépêcher ses malades ; et quand on a à mourir, cela se fait avec lui le plus vite du monde.

ÉBASTE.

En effet , il n'est rien tel quede sortir promptementL d'affaire.

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