SCÈNE VII
ORONTE, MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
MONSIEUB DE POURCEAUGNAC.
Mon Dieu! notre beau-père prétendu, ne vous fatiguez point tant ; on n'a pas envie de vous enlever votre fille, et vos grimaces n'attraperont rien.
Toutes les vôtres n'auront pas grand effet.
MONSIEUB DE POUBCEAUGNAC.
Vous êtes-vous mis dans la tête que Léonard de Pourceaugnac soit un homme à acheter chat en poche, et qu'il n'ait pas là dedans quelque morceau de judiciaire pour se conduire, pour se faire informer de l'histoire du monde , et voir, en se mariant , si son honneur a bien toutes ses sûretés?
OBONTE.
Je ne sais pas ce que cela veut dire; mais vous étes-vous mis dans la tête qu'un homme de soixante et trois ans ait si peu de cervelle , et considère si peu sa fille, que de la marier avec un homme qui a ce que vous savez, et qui a été mis chez uu médecin pour être pansé?
MONSIEUB DE POUBCEAUGNAC.
C'est une pièce que l'on m'a faite ; et je n'ai aucun mal.
ORONTE
Le médecin me l'a dit lui-même.
MONSIEUR DE POURCEAUGNAC
Le médecin en a menti. Je suis gentilhomme, et je le veux voir l'épée à la main.
OBONTE.
Je sais ce que j'en dois croire ; et vous ne m'abuserez pas là-dessus , non plus que sur les dettes que vous avez assignées sur le mariage de ma fille.
MONSIEUB DE POURCEAUGNAC.
Quelles dettes?
La feinte ici est inutile; et j'ai vu le marchand flamand qui, avec les autres créanciers, a obtenu depuis huit mois sentence contre vous.
MONSIEUR DE POUBCEAUGNAC.
Quel marchand flamand? Quels créanciers? Quelle sentence obtenue contre moi ?
OBONTE.
Vous savez bien ce que je veux dire.