‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 206 sur 593 · acte II. SCENE VI · texte numérisé non relu

acte II. SCENE VI

naturelles, et les propriétés des corps; qui discourt de la nature des éléments, des métaux, des minéraux, des pierres, des plantes et des animaux, et nous enseigne les causes de tous les météores, l’arc-cn-ciel, les feux volants, les comètes, les éclairs, le tonnerre, la foudre, la pluie, la neige, la grêle, les vents, et les tourbillons.

MONSIEL'U JOURDAIN.

Il y a trop de tintamarre là dedans, trop de brouillamini.

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE

Que voulez-vous donc que je vous apprenne ?

MONSIEUR JOURDAIN

Appreiiez-moi l’orthographe ‘ .

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE

Très volontiers.

MONSIEUR JOURDAIN

Après, VOUS m’apprendrez l’almanach, pour savoir quand il y a de la lune, et quand il n’y en a point.

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE

Soit. Pour bien suivre votre pensée, et traiter cette matière en philosophe, il faut commencer, selon l’ordre des choses, par une exacte connoissance de la nature des lettres, et de la différente manière de les prononcer toutes. Et làdessus j’ai à vous dire que les lettres sont divisées en voyelles, ainsi dites voyelles^, pareequ’ elles expriment les voix ; et en consonnes , ainsi appelées consonnes , parce qu’elles sonnent avec les voyelles, et ne font que marquer les diverses articulations des voix. Il y a cinq voyelles, ou voix : A, E, I, O, U.

MONSIEUR JOURDAIN

•l’entends tout cela.

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE

La voix A se forme en ouvrant fort la bouche : A 3,

*Ce trait osl eiicoie une imitation d’Aristopliane. Dans la pièce grecque, Socrate, apres beaucoup de questions semblables à celles du maître de pliilosopliie, demande ii Strepsiade ce qu'il veut apprendre ; celui-ci, qui est poursuivi pour dettes, répond naïvement qu'il veut apprendre à no rien rendre aux usuriers. Socrate termine la scène par donner nne leçon de grammaire, qui n'est pas moins ridicule que celle du maître de philosophie. (Nuées, sc. Iv, v. 433 et 436.)

(Aimé Martin.)

’Var. Sont divisées en voyelles, parcequ’elles expriment les voix, etc.

•MM. Aimé Martin et Auger indiquent comme ayant inspiré à Molière quelqnc.s traits de cette scène de pédagogie si plaisante, un livre publié deux ans avant le Jlourgeois gentilhomme, par Cordemoy, membre de l'Académie française, sous le titre de Discours physique de la parole, Molière, du reste, en ri-

2i8 I.E BOURGEOIS GENTILHOMME.

MONSIEUR JOURDAIN

A, A. Oui.

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE

La voix E se forme en rapprochant la mâchoire d’en bas de celle d’en haut : A, E.

MONSIEUR JOURDAIN

A, E; A, E. Ma foi, oui. Ah! que cela est beau!

Et la voix I, en rapprochant encore davantage les mâchoires l’une de l’autre, et écartant les deux coins de la bouche vers les oreilles : A, E, I.

MONSIEUR JOURDAIN

A, E, I, I, I, I. Cela est vrai. Vive la science !

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE

La voix O se forme en rouvrant les mâchoires, et rapprochant les lèvres par les deux coins, le haut et le bas : O.

MONSIEUR JOURDAIN

O, O. II n’y a rien de plus juste : A, E, I, O, 1, O. Cela est admirable! I, O; I, O.

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE

L’ouverture de la bouche fait justement comme un petit rond qui représente un O.

MONSIEUR JOURDAIN

O, O, O. Vous avez raison. O. Ah ! la belle chose que de savoir quelque chose !

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE

La voix U se forme en rapprochant les dents sans les joindre entièrement, et allongeant les deux lèvres eu dehors, les approchant aussi l’une de l’autre, sans les joindre tout à fait : U.

MONSIEUR JOURDAIN

U, ü. Il n’y a rien de plus véritable : ü.

LE MAÎTRE DE PHILOSOPHIE

Vos deux lèvres s’allongent comme si vous faisiez la moue : d’où vient que si vous la voulez faire à quelqu’un et vous moquer de lui, vous ne sauriez lui dire que Ü.

U, U. Cela est vrai. Ah! que n’ai-je étudié plus tiM, |ionr savoir tout cela !

(ticnlisant cct nuvrage, no Taisait pas sciilcnionl une crilii)iiG particiilioro, ü atla- (|iia'.l la môlliodo gc'nôralomcnl suivie de son temps. Il travaillait par la inoi|uciio, cumme les solilairos de Porl-Royal p.ir la science, à la réforme de rcnaeigueinenl.

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