‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 334 sur 593 · ACTE V, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE V

Quoi ! je dis et redis tout haut que je vous aime ,

Et vous ne dites point, Psyché, que vous m’aimez ! Est-ce que pour jamais vos beaux yeux sont fermés. Qu’à jamais la clarté leur vient d’être ravieii'

O Mort! devois-tu prendre un dard si criminel,

Et, sans aucun respect pour mon être éternel,

Attenter à ma propre vie!

Combien de fois, ingrate déifé,

Ai-je grossi ton noir empire Par les mépris et par ta cruauté D’une orgueilleuse ou farouche beauté!

Combien même, s’il le faut dire,

T’ai-je immolé de fidèles amants ,

A force de ravissements !

Va, je ne blesserai plus d’ames.

Je ne percerai plus de cœurs Qu’avec des dards trempés aux divines liqueurs Qui nourrissent du ciel les immortelles flammes.

Et n’en lancerai plus que pour faire à les yeux Autant d’amants, autant de dieux.

Et vous, impitoyable mère,

Qui la forcez à m’arracher Tout ce que j’avois de plus cher,

Craignez, à votre tour, l’effet de ma colère.

Vous me voulez faire la loi ,

Vous qu’on voit si souvent la recevoir de moi ;

Vous, qui portez un cœur sensible comme un autre. Vous enviez au mien les délices du vôtre!

Mais dans ce même cœur j’enfoncerai des coups Qui ne seront suivis que de chagrins jaloux;

Je vous accablerai de honteuses surprises,

Et choisirai partout, à vos vœux les plus doux.

Des Adonis et des Anchises Qui n’auront que haine pour vous

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