‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 426 sur 593 · SCÈNE xxr · texte numérisé non relu

SCÈNE xxr

soi

LA COMTESSE

Mais vraiment, monsieur le receveur, vous ne songez pas à ce que vous dites. On ne traite point de la sorte les femmes de qualité ; et ceux qui vous entendent croiroient qu’il y a quelque chose d’étrange entre vous et moi.

MOîSSIEliR HARPIN.

Hé! ventrebleu ! madame, quittons la faribole.

LA COMTESSE

Que voulez-vous donc dire avec votre Quittons la faribole ?

MONSIEUR HARPIN.

Je veux dire que je ne trouve point étrange que ^pus vous rendiez au mérite de monsieur le vicomte; vous n’etes pas la première femme qui joue dans le monde de ces sortes de caractères, et qui ait auprès d’elle un monsieur le receveur, dont on lui voit trahir et la passion et la bourse pour le premier venu qui lui donnera dans la vue. Mais ne trouvez point étrange aussi que je ne sois point la dupe d une infidélité si ordinaire aux coquettes du temps, et que je vienne vous assurer, devant bonne compagnie, que je romps commerce avec vous, et que monsieur le receveur ne sera plus pour vous monsieur le donneur.

LA COMTESSE

Cela est merveilleux comme les amants emportés deviennent à la mode! On ne voit autre chose de tous côtés. Là, là, monsieur le receveur, quittez. votre colère, et venez prendre place pour voir la comédie.

MONSIEUR HARPIN.

Moi, morbleu! prendre place? (Montrant monsieur Tibaudier.) Cherchez vos benêts à vos pieds. Je vous laisse, madame la comtesse, à monsieur le vicomte ; et ce sera à lui que j’envoierai tantôt vos lettres. Voilà ma scène faite, voilà mon rôle joué. Serviteur à la compagnie.

MONSIEUR TIBAUDIER.

Monsieur le receveur, nous nous verrons autre partqu’ici; et je vous ferai voir que je suis au poil et à ta plume.

MONSIEUR HARPIN, en sorlant.

Tu as raison, monsieur Tibaudier.

LA COMTESSE

Pour moi, je suis confuse de cette insolence.

LE VICOMTE

Les jaloux, madame, sont comme ceux qui perdent leur

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procès ; ils ont permission de tout dire. Prêtons silence à la comédie.

SCÈNE XXII. — LA COMTESSE, LE VICOMTE, JULIE, MONSIEUR TIBAUDIER, JEANNOT.

JEANNOT, au vicomte.

Voilà un billet, monsieur, qu’on nous a dit de vous donner vite.

LE VICOMTE, lisant.

Il En cas que vous ayez quelque mesure à prendre, je » vous envoie promptement un avis. La querelle de vos pa- » rents et de ceux de Julie vient d’être accommodée; et les I) conditions de cet accord, c’est le mariage de vous et d’elle. I) Bonsoir. » (A Julie.) Ma foi, madame, voilà notre comédie achevée aussi.

(Le vicomte, la comtesse, Julie et monsieur Tibaudier se lèvent.)

JOLIE

Ah ! Cléante, quel bonheur! Notre amour eût-il osé espérer un si heureux succès?

LA COMTESSE

Comment donc? Qu’est-ce que cela veut dire?

LE VICOMTE

Cela veut dire, madame, que j’épouse Julie ; et, si vous me croyez, pour rendre la comédie complète de tout point, vous épouserez monsieur Tibaudier, et donnerez mademoiselle Andrée à son laquais, dont il fera son valet de chambre.

LA COMTESSE

Quoi! jouer de la sorte une personne de ma qualité?

LE VICOMTE

C’est sans vous offenser, madame ; et les comédies veulent de ces sortes de choses.

LA COMTESSE

Oui, monsieur Tibaudier, je vous épouse pour faire enrager tout le monde.

MONSIEUR TIBAUDIER.

Ce m’est bien de l’honneur, madame.

LE VICOMTE, à la comtesse.

Souffrez, madame, qu’en enrageant nous puissions voir ici le reste du spectacle.

FIN DE I.A COMTESSE d'ESCARBAGNAS.

LES FEMMES SAVANTES

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