SCÈNE I. - ARMANDE, HENRIETTE
ARMANDE
Quoi! le beau nom de fille est un titre , nia sœur, Dont vous voulez quitter la charmante douceur? Et de vous marier vous osez faire fête?
Ce vulgaire dessein vous peut mouler en tète?
Acteurs de la troupe de Molière : 'Molikre. -r- ’ Le sieur Huurnï. — • HademoUclle de Brie. — * Mademoiselle Molière. — '■ Baron. — " Mademoiselle Villeaubrun (Geneviève Béjart). — ’ La Grange. — * La ïuo- RILi.lÈRE. — * Du Cuoisv. — Uuc servante de Molière, qui perlait ce nom.
LES FEMMES SAVANTES
HENRIETTE
Oui , ma sœur.
ARMANDE
Ah! ce oui SG peut-il supporter?
Et sans un mal de cœur sauroit-on l’écouter?
HENRIETTE
Qu’a donc le mariage en soi qui vous oblige ,
Ma sœur...?
ARMANDE
Ah! mou Dieu! tl!
HENRIETTE
Comment?
AR.MANDE
Ah! fi! vous dis-j
Ne concevez-vous point ce que , dès qu’on l’entend ,
Un tel mot à l’esprit offre de dégoûtant ,
De quelle étrange image on est par lui blessée,
Sur quelle sale vue il traîne la pensée?
N’en frissonnez-vous point? et pouvez-vous , ma sœur, Aux suites de ce mot résoudre votre cœur ?
HENRIETTE
Les suites de ce mot, quand je les envisage.
Me font voir un mari,^des enfants , un ménage;
Et je ne vois rien là , si j’en puis raisonner.
Qui blesse la pensée , et fasse frissonner.
ARMANDE
De tels attachements, ô ciel! sont pour vous plaire?
HENRIETTE
Et qu’est-ce qu’à mon âge on a de mieux à faire Que d’attacher à soi , par le titre d’époux ,
Un homme qui vous aime et soit aimé de vous;
Et, de cette union de tendresse suivie,
Se faire les douceurs d’une innocente vie?
■Se nœud bien assorti n’a-t-il pas des appas?
ARMANDE
Mon Dieu! que votre esprit est d’un étage bas!
Que vous jouez au monde un petit personnage ,
De vous claquemurer aux choses du ménage.
Et de n’entrevoir point de plaisii's plus touchants Qu’une idole d’époux et des marmots d’enfants!
Laissez aux gens grossiers, aux personnes vulgaires,