ACTE T, SCENE I
Les bas amusements île ces sortes d’affaires.
A de plus hauts objets élevez vos désirs,
Songez à prendre un goût des plus nobles plaisirs ,
Et, traitant de mépris les sens et la matière,
A l’esprit, comme nous, donnez-vous tout entière. Vous avez notre mère en exemple à vos yeux ,
Que du nom de savante on honore en tous lieux : Tâchez , ainsi quo moi , de vous montrer sa fille ; Aspirez aux clartés qui sont dans la famille.
Et vous rendez sensible aux charmantes douceurs Que l’amour de l’étude épanche dans les cœurs.
Loin d’être aux lois d’un homme en esclave asservie , Mariez-vous, ma sœur, à la philosophie.
Qui nous monte .au-dessus de tout le genre humain, Et donne à la raison l'empire souverain ,
Soumettant à ses lois la partie animale.
Dont l’appétit grossier aux bêtes nous ravale.
Ce sont là les beaux feux , les doux attachements Qui doivent de la vie occuper les moments ;
Et les soins où je vois tant de femmes sensibles Me paroissent aux yeux des pauvretés horribles.
HENRIETTE
Le ciel , dont nous voyons que l’ordre est tout-puissant Pour différents emplois nous fabrique en naissant;
Et fout esprit n’est pas composé d’une étoffe Qui se trouve taillée à faire un philosophe.
Si le vôtre est né propre aux élévations Où montent des savants les spéculations.
Le mien est fait, ma sœur, pour aller terre à terre Ç Et dans les petits soins son foible se resserre.
Ne troublons point du ciel les justes règlements;
Et de nos deux instincts suivons les mouvements. Habitez, par l’essor d’un grand et beau génie.
Les hautes régions do la philosophie,
Tandis que mon esprit, se tenant ici-bas.
Goûtera de l’hymen les terrestres appas.
Ainsi, dans nos desseins l’une à l’autre contraire.
Nous saurons toutes deux imiter notre mère :
Vous, du côté do l’amc et des nobles désirs;
* ^AB. Le mien, ma jceur, est né pour aller terre à lerre.
F.ES FEMMES SAVANTES
Moi , du côlé des sens et des grossiers plaisirs ;
Vous, aux productions d’esprit et de lumière;
Moi, dans celles, ma sœur, qui sont de la matière.
ARMANDE
Quand sur une personne on prétend se régler.
C’est par les beaux célés qu’il lui faut ressembler*.
Et ce n’est point du tout la prendre pour modèle.
Ma sœur, que de tousser et de cracher comme elle * ! HENRIETTE.
Mais vous ne seriez pas ce dont vous vous vantez ,
Si ma mère n’eût eu que de ces beaux côtés ;
Et bien vous prend , ma sœur, que son noble génie N’ait pas vaqué toujours à la philosophie.
Do grâce, sjuffrez-moi , par un peu de bonté.
Des bassesses à qui vous devez la clarté ;
Et ne supprimez point, voulant qu’on vous seconde. Quelque petit savant qui veut venir au monde.
ARMANDE
Je vois que votre esprit ne peut être guéri Du fol entêtement de vous faire un mari :
Mais sachons, s’il vous plaît, qui vous songez à prendre : Votre visée au moins n’est pas mise à Clitandre?
HENRIETTE
Et par quelle raison n’y seroit-elle pas?
Manque-t-il de mérite? est-ce un choix qui soit l^ps?
ARMANDE
Non; mais c’est un dessein qui seroit malhonnête.
Que de vouloir d’une autre enlever la conquête ;
Et ce u’est pas un fait dans le monde ignoré Que Clitandre ait pour moi hautement soupiré.
HENRIETTE
Oui ; mais tous ces soupirs chez vous sont choses vaines.
Et vous ne tombez point aux bassesses humaines ;
Votre esprit à l’hymen renonce pour toujours,
Et la philosophie a toutes vos amours.
* Ces deux vciv, i*ppco(Uiits dans loiil6s les edilions, onl été rarrangM par Un ■ Icau. Voici ia première rcdacliou iclle qu'elle avait éld faite par Molière .
Quand sur nue personne on prélend s' .ajuster.
C’est par les heanx côtés qu'il la faut imiter.
’ Molière no fait Ici que mettre en vers une tnculion proverbiale fort en nsajc de son temps.