‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 468 sur 593 · C.LITANDRE , à Aimamio · texte numérisé non relu

C.LITANDRE , à Aimamio

Hé! doucement, de- grâce. Un peu de charité,

Madame, ou, tout au moins, un peu d’honnêteté.

Quel mal vous ai-je fait? et quelle est mon offense. Pour armer contre moi toute votre éloquence.

Pour vouloir me détruire, et prendre tant de soin De me rendre odieux aux gens dont j’ai besoin?

Parlez, dites, d’où vient ce courroux effroyable?

Je veux bien que madame en soit juge équitable.

ARMANDE

Si j’avois le courroux dont on veut m’accuser.

Je trouverois assez de quoi l’autoriser.

Vous en seriez trop digne; et les premières flammes S’établissent des droits si sacrés sur les âmes,

Qu il faut perdre fortune, et renoncer au jour,

Plutôt que de brûler des feux d’un autre amour.

Au changement de vœux nulle horreur ne s’égale;

Et tout cœur infidèle est un monstre en morale.

OMT.ANDRE.

Appelez-vous, madame, une infidélité Ce que m a de votre ame ordonné la fierté?

Je ne fais qu’obéir aux lois qu’elle m’impose;

Et, SI je vous offen.se, elle seule en est cause.

' os ch<ymes ont d’abord possédé tout mon cœur, fl a brûlé deux ans d’une constante ardeur; n’est soins empressés, devoirs, respects, services, nt il ne vous ait fait d’amoureux sacrifices, ous mes feux, tous mes soins ne peuvent rien sur vou« e vous trouve contraire à mes vœux les plus doux •

rT autre,

oyez, hst-cc, madame, ou ma faute, ou la vôtre?

FsI.lpn'*”' ou si vous l’y poussez ?

*T>oi qui vous quille, ou vous qui me chassez ?

LEvS FEMMES SAVANTES.

ABM AN DE.

Appelez-vous, monsieur, être à vos vœux contraire,

Que de leur arracher ce qu’ils ont de vulgaire.

Et vouloir les réduire à cette pureté Où du parfait amour consiste la beauté?

Vous ne sauriez pour moi tenir votre pensée Du commerce des sens nette et débarrassée;

Et vous ne goûtez point, dans ses plus doux appas,

Cette union des cœurs, où les corps n'entrent pas.

Vous ne pouvez aimer que d’une amour grossière, Qu’avec tout l’attirail des nœuds de la matière ;

Et, pour nourrir les feux que chez vous on produit.

Il faut un mariage, et tout ce qui s’ensuit.

Ah! quel étrange amour! et que les belles âmes Sont bien loin de brûler de ees terrestres tlammes !

Les sens n’ont point de part à toutes leurs ardeurs ;

Et ce beau feu ne veut marier que les cœurs.

Comme une chose indigne, il laisse là le reste ;

C’est un feu pur et net comme le feu céleste :

On ne pousse avec lui que d’honnêtes soupirs.

Et l’on ne penche point vers les sales désirs.

Rien d’impur ne se mêle au but qu’on se propose ;

Ou aime pour aimer, et non pour autre chose;

Ce n’est qu’à l’esprit seul que vont tous les transports,

Et l’on ne s’aperçoit jamais qu’on ait un corps.

CLITANDRE

Pour moi, par un malheur, je m’aperçois, madame.

Que j’ai, ne vous déplaise, un corps tout comme une ame: Je sens qu’il y tient trop pour le laisser à part :

De ces détachements je ne connois point l’art;

Le ciel m’a dénié celle philosophie,

Et mon ame et mon corps marchent de compagnie.

Il n’est rien de plus beau, comme vous avez dit,

Que ces vœux épurés qui ne vont qu’à l’esprit.

Ces unions de cœurs, et ces tendres pensées.

Du commerce des sens si bien débarrassées;

Mais CCS amours pour moi sont trop subtilisés ;

Je suis un peu grossier, comme vous m’accusez;

J’aime avec tout moi-même, et l’amour qu’on me donne En veut, je le confesse, à toute la personne.

Ce n’est pas là matière à de grands ohàliments;

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