ACTE I, SCÈNE II
CLÉANTE
J’ai découvert sous main qu’elles ne sont pas foi t accouiinodées*, et que leur discrète conduite a de la peine à étendre à tous leurs besoins le bien qu’elles peuvent avoir. Figurez-vous, ma sœur, quelle joie ce peut être que de relever la fortune d’une personne que l’on aime ; que de donner adroitement quelques petits secours aux modestes nécessités d’une vertueuse famille ; et concevez quel déplaisir ce m’est de voir que , par l’avarice d’un père , je sois dans l’impuissance de goûter cette joie , et de faire éclater à cette belle aucun témoignage de mon amour.
ÉMSE.
Oui, je conçois assez, mon frère, quel doit être votre chagrin.
CLÉANTE
Ah ! ma sœur, il est plus grand qu’on ne peut croire. Car, enOn , peut-on rien voir de plus cruel que cette rigoureuse épargne qu’on exerce sur nous, que cette sécheresse étrange où l’on nous fait languir? Hé! que nous servira d’avoir du bien , s’il ne nous vient que dans le temps que nous ne serons plus dans le bel âge d’en jouir, et si , pour m’entretenir même , il faut que maintenant je m’engage de tous côlés; si je suis réduit avec vous à chercher tous les jours le secours des marchands, pour avoir moyen de porter des habits raisonnables? Enfin , j’ai voulu vous parler pour m’aider a sonder mon père sur les sentiments où je suis ; et, si je l’y Irouvois contraire, j’ai résolu d’aller eu d’autres lieux, avec celte aimable personne , jouir de la fortune que le ciel voudra nous offrii-. Je fais chercher partout , pour ce dessein , de l’argent à emprunter ; et si vos affaires, ma sœur, sont semblables aux miennes, et qu’il faille que notre père s’oppose à nos désirs, nous le quitterons là tous deux, et nous affranchirons de cette tyrannie où nous tient depuis si longtemps son avarice insupportable.
ÉLISE
Il est bien vrai <iue tous les jours il nous donne de plus en plus sujet de regretter la mort do notre mère, et que...
CLÉANTE
J’entends sa voix; éloignons-nous un peu pour achever
1 OT à I oue, o;/MJen(cï. Voir F. Gênin , Lexique , aux mots Accomiiiorfe et
L’AVARL'.
iiotie confidence; et nous joindrons après nos forces pour venir attaquer la dureté de son humeur. ^
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