‹ Œuvres complètes de MolièreChapitre 521 sur 593 · CI · texte numérisé non relu

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PREMIER INTERMÈDE

Le théâtre change , et représente une ville.

Polichinelle, dans la nuit, vient pour donner une sérénade à sa maîtresse. Il est interrompu d'abord par des violons contre lesquels il se met en colère, et ensuite par le guet, compo.sé de musiciens et de danseurs.

POLICHINELLE, seul.

O amour, amour, amour, amour! Pauvre Polichinelle, quelle diable de fantaisie t’cs-tu allé mettre dans la cervelle? A quoi t’amuses-tu , misérable insensé que tu es? Tu quittes le soin de ton négoce, et tu laisses aller tes affaires à l’abandon ; tu ne manges plus, tu ne bois presque plus, lu perds le repos de la nuit; et tout cela, pour qui? Pour une dragonne, franche dragonne ; une diablesse qui te rembarre, et se moque de tout ce que tu peux lui dire. Mais il n’y a point à raisonner là-dessus. Tu le veux, amour : il faut être fou comme beaucoup d’autres. Cela n’est pas le mieux du monde à un homme de mon âge; mais qu’y faire? On n’est pas sage quand on veut; et les vieilles cervelles se démontent comme les jeunes. Je viens voir si je ne pourrai point adoucir ma tigresse par une sérénade. Il n’y a rien parfois qui soit si touchant qu’un amant qui vient chanter ses doléances aux gonds et aux verrous de la porte de sa maîtresse. (Aprrs avoir pris son luth.) Voici de quoi accompagner ma voix. O nuit! ô chère nuit! porte mes plaintes amoinéuses jusque dans le lit de mon inflexible.

Notle e ili v' nnio e v’ adoro *.

Cerco nn sî per mio risloro;

Nuil cl jour je vous oime et vous adon*. Je clierciic un Oui qui me

PREMIER INTERMÈDE

Ma se voi dite di no,

Bclla ingi'ala, io morirb.

Fi'à la speranza S’ ofllige il ciiore,

In lonlananza Consuma I' hore;

Sl-tloIce inganno Clie mi iigiira ,

Breve 1' alVanno,

Alii! Iroppo dora !

Cosi per iroppo amar langnisco e miiono.

Nolle e di v’ amo c v’ adore. Ccrco lin si per mio risloro;

Ma se voi dite di nb,

Bella ingrata, io morirb.

Se non dormile,

Almen pensale

AHe ferile

Cil’ al ciior mi fale.

Deh ! almen iingele,

Per mio cor.forin,

Se m’ uccidcle,

D’ haver il lorlo :

Voslra pielà mi scemar.à il marloro.

Mais si vous me répondez Noo,

Belle ingrate, je mourrai.

Dans l’espérance Le cœur s’afflige.

Dans l’éloignement ]| ronsnme scs heures.

L’erreur si douce Qui me persuade Que ma peine va linir.

Hélas! dure trop

Ainsi, pour trop aimer, je languis et je meure.

Nuit et jour je vous aime et vous adore.

Je cherche un Oui ijiii me restaure,*

Mais sf vous me refluez,

Belle ingrate, je mourrai.

Si vous ne doi'me'z pas.

An moins pensez Aux lilessiircs

Que vous faites à mon cœur.

Ah! feignez au moins.

Pour ma consolation.

Si vous me tuez.

D’avoir tort ;

Votre pitié adoucira mon martyre.

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