I.E MALADE IMAGINAIRE
(î.’ïl
MOîNSir.L'R DIAl'OinüS.
Opiime.
AllGAN, à Angélique.
Allons, saluez monsieur.
THOMAS IMAl'OIRï'S , à monsieur Diafoirui.
Baiserai-je'?
MONSIFAU DIAFOÏRLS.
Oui, oui.
THOMAS DUFOIHCS, à Aiigélique.
Madame, c’est avec justice que le ciel vous a concédé le nom de belle-mère, puisquq l’on .,
AllGAN, à Thomas Diaroinis.
Ge n’esl |)iis ma femme, c’est ma fille à qui vous parlez.
TIIOMIS DIAFOim S.
Oii donc est-elle?
AllGAN.
Elle va venir.
THOMAS DIAFOlllüS. ’
.\l((‘ndrai-je, mon père, ((u’elle soit venue?
MONSIKIII niAFOUiüS.
Faites toujours le compliment de mademoiselle.
THOMAS DIAFOmUS.
Mademoiselle, ne plus ne moins que la statue de Memnon rendoit un son harmonieux, lorsqu’elle venoit à être éclairée des rayons du soleil, tout de même me sens-je animé d’un doux transport à l’apparition du soleil de vos beautés'^; el, comme les naturalistes remarquent (pie la fleur nommee béliol l'ope tourne sans cesse vers cet astre du jour, aussi mon ca'ur dores-en-avant tournera-t-il toujours vers les astres resplendissants de vos yeux adorables, ainsi que vers son pôle unique. Souffrez donc, mademoiselle, que j’appende aujourd’hui à l’autel de vos charmes l’offt-andc de ce cœur
> Les auteurs de VlUstoire du Théâtre français oui Irouvé, dans les registres de Molière, les titres Je dilTcrciiles farces altraburcs à Molière. U grand Benêt de fils, joué en 1664, leur parait être lo modèle d'après lequel il a fait sou rôlo de Thomas Dinfoirus. En eflet, le baiserai-je? et quelques autres traits de ce genre, ont bien l'air d'avoir appartenu au grand Benêt de fils.
’ L'ahbé d'Auhignac, dans une dissertation contre Corneille, où l'on retrouve le ton et le stylo de Thomas Diafoirus, débute ainsi : « Comeitlc avoit condamné sa muse dramatique au silence; mais, à l'exemple do la statue de Memnon, qui rcudoit ses oracles sitôt que le soleil la louehoil desos rayons, il a repris la voix à l’éclat de l'or d'un grand ministre. > Il est protiahlnque Molière a voulu se moquer dans ce passage du style de l’ahbé. (Aimé Martin.)
ACTK II, S CK NE VI. (lôS
qui ne respire et n’ambilionne autre gloire que d’être toute sa vie, mademoiselle, votre très humble, très obéissant, et très fidèle serviteur et mari.
TOINKTTi;.
Voilà ce (|ue c’est que d’étudier ! ou apprend à dire de belles choses.
ARGAN, à Cldaplc.
Hé! que dites-vous de cela?
CLRAMr..
Que monsieur fait inerveiHes, et que, s’il est aussi bon médecin qu’il est bon orateur, il y aura plaisir à être de ses malades.
TOINETTIi.
Assurément. Ce sera quelque chose d’admirable, s’il fait d’aussi belles cures qu’il fait de, beaux discours.
AUGAN.
.\llons, vite, ma chaise, et des sièges à tout le monde.
(Des laquais donnent des sièges,) MctteZ-VOUS là, ma tille. (A nionsiem- Diaroirus.) Vous voyez, luonsicui', que tout le monde admire monsieur votre fils; et je vous trouve bien heureux de vous voir un garçon comme cela.
MONSIEUR DIAEOIRUS.
Monsieur, ce n’est pas pareeque je suis son père; mais je puis dire que j’ai sujet d’être content de lui, et que tous ceux qui le voient en parlent comme d’un garçon qui n’a point de méchanceté. Il n’a jamais eu l’imagination bien vive, ni ce feu d’esprit qu’on remarque dans quelques-uns; mais c’est par là que j’ai toujours bien auguré de sa judiciaire, qualité requise pour l’excrtdce de notre art. Lorsqu’il éloit petit, il n’a jamais été ce qu’on appelle mièvre et éveillé. On le voyoit toujours doux, paisible et taciturne, ne disant jamais mot, et ne jouant jamais à tous ces petits jeux que l’on nomme enfantins. Ou eut toutes les peines- du monde à lui apprendre à lire; et il avoil neuf ans, qu’il ne connoissoit pas encore scs lettres. Bon, disois-je en moi-mème ; les arbres tardifs sont ceux qui portent les meilleurs fruits. On grave sur le marbre bien plus malaisément que sur le sable; mais les choses y sont conservées bien plus longtemps; et cette lenteur à comprendre, cette pesanteur d’iniL gination est la marque d’un bon jugement à venir. Loi sque je 1 envoyai an college, il trouva de la peine; mais il se roi-
LE MALADE IMAGINAIUE.
dissoit contre les difficultés; et ses régents se louoicnt toujours à moi de son assiduité et de son travail. Enfin, à force de battre le fer, il en est venu glorieusement à avoir ses licences ; et je puis dire, sans vanité, que, depuis deux ans qu’il est sur tes bancs, il n’y a point de candidat qui ail fait plus de bruit que lui dans toutes les disputes de notre école. Il s’y est rendu redoutable; et il ne s’y passe point d’acte où il n’aille argumenter à ouli'aiice pour la proposition contraire. Il est l'ei me dans la dispute, fort comme un Turc sur ses principes, ne démord jamais de son opinion, et poursuit un raisonnement jusque dans les derniers recoins de la logique. Mais, sur toute chose, ce qui me plaît en lui, et en (|uoi il suit mon exemple, c’est qu’il s’attache aveuglément aux opinions de nos anciens, et que jamais il n’a voulu comprendre ni écouter les raisons et les expériences des prétendues découvertes de notre siècle, touchant la circulation du sang, et autres opinions de même farine.
THOMAS DIAFOIRUS, tUanldcso poclie une grande thèse roulée, qu'il présente à Angélique.
J’ai, contre les circulateurs, soutenu une thèse, qu’avec la permission (saluant Argan) de monsieur, j’ose présenter à mademoiselle, comme un hommage que je lui dois des prémices de mon esprit.
ANGÉLIQUE
Monsieur, c’est pour moi un meuble inutile, et je ne me connois pas à ces choses-là.
TOINETTE, prenant la thèse. *
Donnez, donnez. Elle est toujours bonne à prendre pour l’image : cela servira à parer notre chambre.
THOMAS DIAFOIRUS, saluant encore Argan.
Avec la permission aussi de monsieur, je vous invite à venir voir, Pun de ces jours, pour vous divertir, la dissection d’une femme, sur quoi je dois raisonner'.
Le divertissement sera agréable. Il y en a qui donnent la comédie à leurs maîtresses; mais donner une dissection est quelque chose de plus galant.
' Culte plaisanterie est évidentmeul imitée des Plaideur! do Racine, où U.iudiu propose à Isabelle de lui faire passer une heure ou deux à voir donner la question. (Bicl.)