‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 11 sur 479 · SCÈNE II. ~ EUKYALE, ARBATE, MORON · texte numérisé non relu

SCÈNE II. ~ EUKYALE, ARBATE, MORON

MORON, derrière le théâtre.

Au secours l sauvez-moi de la bête cruelle.

EUUYALE.

Je pense ouïr sa voix.

MORON, derrière le ibéiMre.

A oioi ! de grâce, à moi I

EORTALE.

Ccst lui-même. Où courl-il avec un tel effroi?

HORON , enlranl sans voir personne.

OÙ pourrai-je éviter ce sanglier redoutable? Grands dieux I préservez-moi de sa dent effroyable ! Je vous promets, pourvu qu'il ne m'attrape pas, Quatre livres d'encens, et deux veaux des plus gras.

(Rencontrant Euryale, i|iie dans sa Trayeur il prend pour le sanglier qu'il ëvilc.)

Ah! je suis morl.

EURTALE.

Qu'as-tu?

MORON

Je vous croyoîs la béte Dont à me diffamer î* j'ai vu la gueule prêle, Seigneur; et je ne puis revenir de ma peur.

EURYALE

Qu'est-ce?

MORON

Oh ! que la princesse est d'une étrange humeur, Et qu'à suivre la chasse et ses extravagances Il nous faut essuyer de sottes complaisances!

■ Ce rôle de fnn, le meillenr de l« pièee, a donné lien de ta part de Voltaire à la remarque suivante : c Ces misérables (les fous de cour) étaient encore fort à la mode. C'était un nste de barbarie, qui a duré plus longtemps en Allemagne qu'ailleurs. Le besoin des amusements, Timpuissance de s'en procurer dTagréa- Itles et d'bonnéles dans les temps d'igoorattce et de mauvais goûl, avait fait iifia- ^iDer ce triste plaisir, qui dégrade l'esprit liumain. Le fou qui était alors auprès de Louis XIV avait apparienr? au prince de Condé : il s'appelait lAngeli. Le «tomle de Grammont disait que, de tons les fous qui avaient suivi m»ns'KMr fe Princ-' il n'y avait que l'Angeli qui eût &it fortune. Ce bouffon ne manquait pas d'wprîl. C'est lui qui dil qu'il n'allait pas au sermon pai-ce qu'il n'aimait pas le brailUr et qu'il n'entendait pas le raisonner. > --- Les fous de cour qui, depuis la Princesse d'Élide, n'avaient plus reparu sur la scène française, y oui été iotrodtoUs de Bonvoau par h muse écbevelée du drame romauUqne.

' ili/fasiMr, dans le sens de salir, gâter, défigurer. {Aimé Harliti.)

46 LA PRINCESSE D'ËLIDE.

Quel diable de plaisir trouvent tous les chasseurs De se voir exposés à mille et mille peurs? Encore si c'étoit qu'on ne fût qu'à la chasse Des lièvres, des lapins, et des jeunes daims, passe : Ce sont des animaux d'un naturel fort doux, Et qui prennent toujours la fuite devant nous. Mais aller attaquer de ces bétes vilaines Qui n ont aucun respect pour les faces humaines, Et qui courent les. gens qui les veulent courir, C'est un sot passe-temps que je ne puis souffrir.

EURTALE.

Dis-nous donc ce que cVst.

MORON

Le pénible exercice Où de notre princesse a volé le caprice I J'en aurois bien juré qu'elle auroit fait le toui-; Et la course des chars se faisant en ce jour, H falloit affecter ce contre-temps de chasse Pour mépriser ces jeux avec meilleure grâce. Et faire voir... Mais chut. Achevons mon récit, Et reprenons le fil de ce que j'avois dit. Qu'ai-je dit?

EURTALE.

Tu parlois d'exercice pénible.

MORON

Ah! oui. Succombant donc à ce travail horrible

(Car en chasseur fameux j'étois enharnaché,

Et dès le point du jour je m'étois découché^),

Je me suis écarté de tous en galant homme,

Et, trouvant un lieu propre à dormir d'un bon soiniuc,

J'essayois ma posture, et m'ajustant bientôt,

Prenois déjà mon ton pour ronfler comme il faut,

Lorsqu'un murmure affreux m'a fait lever la vue,

Et j'ai, d'un vieux buisson de la forêt touffue,

Vu sortir un sanglier d'une énorme grandeur,

Pour...

EURTALE,

Qu'est-ce?

' Ce mol, qui n'est plu» d'ucage depuis iongumps, se trouve dans Frotswii t et Pierre de Graoïu

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