ACTE V, SCÈNE II
Puisque entre humains ainsi vous vivez en vrais loups, Trailres, vous ne m'aurez de ma vie avec vous.
PHILfNTE.
Je trouve un peu bien prompt le dessein où vous êtes;
Et tout le mal n'est pas si grand que vous te faites.
Ce que votre partie ose vous imputer
N'a point eu le crédit de vous faire arrêter;
On voit son faux rapport lui-même se détruire,
Et c'est une action qiii pourroit bien lui nuire.
ALCESTE
Lui? de semblables tours il ne craint point l'éclat : Il a permission d'être franc scélérat; Et, loin qu'à son crédit nuise cette aventure. On l'en verra demain en meilleure posture.
PH1L1NTE.
Enfin il est constant qu'on n'a point trop donné
Au bruit que contre vous sa malice a tourné;
De ce côté déjà vous n'avez rien à craindre :
Et pour votre procès, dont vous pouvez vous plaindre,
Il vous est en jusftce aisé d'y revenir,
Et contre cet arrêt...
ALCESTE
Non, je veux m'y tenir.
Quelque sensible tort qu'un tel arrêt me fasse. Je me garderai bien de vouloir qu'on le casse; On y voit trop à plein le bon droit maltraité. Et je veux qu'il demeure à la postérité Comme une marque insigne, un fameux témoignage De la méchanceté des hommes de notre âge. Ce sont vingt mille francs qu'il m'en pourra coûter; Mais pour vingt mille francs j'aurai droit de pester Contre l'iniquité de la nature humaine, Et de nourrir pour elle une immortelle haine.
PHILIM'tE.
liais enfin...
ALCESTE
Mais enfin, vos soins sont superfhis.
Que pouvez- vous, monsieur, me dire là-dessus? Aurez-vous bien le front de me vouloir, en face, Excuser les horreurs de tout ce qui se passe ?