‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 249 sur 479 · ACTE 11, SCÈNE HI · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE HI

MÉLICERTf.

Hien ne me serviroit de vous le faire enlendi'c.

MYRTIL

Devez-vous rien avoir que je ne doive apprendre ? Et ne blessez-vous pas noire amour aujourd'hui, De vouloir me voler ^na part de votre ennui » ? Ah ! ne le cachez point à l'ardeur qui m'inspire.

MÉLICKRTr.

Hé bienl Myrtil, hé bieni il faut donc vous le dire.

J'ai su que, par un choix plein de gloire pour vous,

Éroxène et Daphnc vous veulent pour époux;

Et je vous avouerai que j'ai cette foiblesse,

De n'avoir pu, Myrtil, le savoir sans tristesse,

Sans accuser du sort la rigoureuse loi,

Qui les rend, dans leurs vœux, préférables à moi.

HTRTIL.

Et vous'pouvez l'avoir, cette injuste tristesse I Vous pouvez soupçonner mon amour de foiblesse, Et croire qu'engagé par des charmes si doux, Je puisse être jamais à quelque autre qu'à vous! Que je puisse accepter une autre main offerte ! Hé ! que vous ai-je fait, cruelle Mélieerte, Pour traiter ma tendresse avec tant de rigueur, Et faire un jugement si mauvais de mon cœur? Quoil faut-il que de lui vous ayez quelque cm in te? Je suis bien malheureux de souffrir cette atteinte : Et que me sert d'aimer comme je fais, hélas! Si vous êtes si prête à jie le croire pas?

MÉLICERTE

Je pourrois moins, Myrtil, redouter ces rivales, Si les choses étoient de part et d'autre égales ; VA, dans un rang pareil, j'oserois espérer Que peut-être l'amour me feroit préférer; Mais l'inégalité de bien et de naissance Qui peut, délies à moi, faire la différence...

MYRTIL

Ah! leur rang de mon cœur ne viendra point à bout, Et vos divins appas vous tiennent lieu de tout. Je vous aime : il suffit ; et, dans votre personne,

• Vab. De vouloir me voler la pari de votre cniiui.

510 MËLIGERTE.

Je vois rang, biens, trésors, états, sceplrc, couronne ;

£t des rois les pins grands in-ofTrit-on le pouvoir,

Je n^y changerois pas le bien de vous avoir.

Cest une vérité toute sincère et pure;

Et pouvoir en douter est me faire une injure.

MÉL1CERTE

Hé bien ! je crois, Myrtil, puisque vous le voulez, Que vos vœux, par leur rang, ne sont point ébranlés ; Et que, bien qu'elles soient nobles, riches, et belles, Votre cœur m'aiine assez pour me mieux aimer qu'elles. Mais ce n'est pas l'amour dont vous suivrez la voix : Votre père, Myrtil, réglera votre choix ; Et de même qu'à vous, je ne lui suis pas chère, Pour préférer à tout une simple bergère.

MYRTIL

Non, chère Mélicerte, il n'est père ni dieux

Qui me puissent forcer à quitter vos beaux yeux;

Et toujours de mes vœux, reine comme vous êtes...

MÉLICERTE

Ah ! Myrlil, prenez garde à ce qu'ici vous faites : N'allez point présenter un espoir à mon cœur, Qu'il recevroit peut-être avec trop de douceur, Et qui, tombant après comme un éclair qui passe. Me rendroit plus cruel le coup de ma disgrâce.

MTRTïL.

Quoi ! faut-il des serments appeler le secours, l^orsque l'on vous promet de vous aimer toujours? Que vous vous faites tort par de telles alarmes, Et connoissez bien peu le pouvoir de vos charnrws ! Hé bien I puisqu'il le faut, je jure par les dieux, Et, si ce n'est assez, je jure par vos yeux, Qu'on me tuera plutôt que je vous abandonne. Recevez-en ici la foi que je vous donne, Et souffrez que ma bouche, avec ravissement, Sur celte belle main en signe le serment.

MÉLICERTE

Ah ! Myrtil, le\ez-vous, de peur qu'on ne nous voie.

MYRTIL

Esl-il rien...? Mais, ô ciel! on vient troubler ma joie!

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