SCÈNE IV. - LA PRINCESSE, MORON, EURYALE
MORON, allaot aa-devaot d'Borjale, et lai parlant bas.
Seigneur , je vous donne avis que tout va bien. La princesse souhaite que vous l'abordiez; mais songez bien à continuer votre rôle; et, de peur de l'oublier, ne soyez pas longtemps avec elle.
Vous êtes bien solitaire, seigneur; et c'est une humeur bien extraordinaire qne la vôtre , de renoncer ainsi à notre
sexe, et de fuir, à voire âge, celle galanterie dont se piquent ions vos pareils.
EURTALE.
Cette humeur, madame, n'est pas si extraordinaire qu'on n\Mi trouvât des exemples sans aller loin d'ici ; et vous ne sauriez condamner la résolution que j'ai prise de n'aimer jamais rien, sans condamner aussi vos sentiments.
L\ PRINCESSE
Il y a grande différence; et ce qui sied bien à un sexe, ne siod pâs bien à Tautre. Il est beau qu'une femme soit insensible, et conserve son cœur exempt des flammes de l'amour; mais ce qui est vertu en elle devient un .crime dans un homme; et comme la beauté est le partage de notre sexe, vous ne sauriez ne nous point aimer sans nous dérober les hommages qui nous sont dus, et commettre une offense dont nous devons toutes nous ressentir.
EURYALE
Je ne vois pas , madame, que celles qui ne veulent point aimer doivent prendre aucun intérêt ii ces sortes d'offenses.
Ce n'est pas une raison, seigneur; et, sans vouloir aimer, on est toujours bien aise d'être aimé.
EURTALE.
Pour moi, je ne suis pas de même; et, dans le dessein où je suis do ne rien aimer, je serois fâché d'être aimé.
Et la raison ?
EURTALE.
C^est qu'on a obligation à ceux qui nous aiment, et que je serois fâché d'être ingrat.
Si bien donc que, pour fuir l'ingratitude, vous aimeriez qui vous aimeroit?
EÙRVAtC.
Moi, madame? Point du tout. Je dis bien que je serois fâché d'être ingrat ; mais je me résotidrois plutôt de letre que d'aimer.
Telle personne vous aimeroit peut-être, que votre cœur...
EURTALE.
^n, madame. Rien n'est capable de toucher mon cœur.