ACTE J, SCÈNE I
C'est timi qui vous le dis, qui suis volro j^raud'inèrc ; Et j'ai prédit cent fols à mon fils, volie père, Que vous preniez tout Tair d'u» inéclianl garneinenl, Et ne lui donneriez jamais que du tourment.
MAIU.VINE.
Je crois...
MADAME PEIINELLE.
Mon Dieu! sa sœur, vous faites la discrète, Et \ous n'y touchez pas, tant vous semblez doucette; Mais it n'est, eomnie on dit, pire eau que l'eau qui dort, Et vous menez, sous ctiape *, un tiain que je liais fort.
ELMÏRE.
Mais, ma mère...
MADAME PEnNELLE.
Ma bru, qu'il ne vous en déplaise, Votre conduite, en tout, est tout à fait mauvaise; Vous devriez leur mettre un bon exemple aux yeux; Et leur défunte mère en usoit beaucoup mieux. Vous êtes dépensière; et cet état ine blesse, Que vous alliez vêtue ainsi qu'une princesse. Quiconque à son mari veut plaire seulement. Ma bru, n'a pas besoin de tant d'ajustement.
CLVANIE.
Mais, madame, après tout...
MADAME PERNELLE
Pour vous, monsieur son frère, Je vous estime fort, vous aime, et vous révère; Mais enfin si j'étois de mon C^\^ son époux, Je vous prierois bien fort de n'entrer point chez nous. Sans cesse vous prêchez des maximes de vivre Qui par d'honnêtes gens ne se doivent point suivre. Je vous parle un peu franc; mais c'est là mon humeur, E( je ne mâche point ce que j'ai sur le cœur '^.
'Sous chape ou sous cape, en secret. La cane on chape, le banîocucullus des Gaulois, élait iiii manteau à capuchon. On rabailail ce capnclinn pour se caclier le visage, lorsqu'on voulait n'être poini reconuu j et mélaphoriquemeui (mi Vivait sous cape, quand on cacliail ses actions.
-Molière, ilaus cette cniiéeeu scène, dessine el fait connaître ses taiaciens avec une verve incomparable, te qui a l'ail dire à l'auteur de la Lettre sur l'im^ ;jo«(eMr, publiée cpiinze jours après la première représentation : « Le speclaletir reciMl uue volu[)té iréa sensible d'èti-e infoiine des l'abord de la nature des personnages par une voie %\ lidcle el si ayréal)Ie. »
DAMIS
Votre monsieur Tarluffe est bien beureiiX; sans (Joute...
MADAME PERNELLE
C'est un homme de bien qu'il faut que Ton écou(e; Et je ne puis souffrir, sans me mettre en courroux, De le voir querellé par un fou comme vous *.
DAMIS
Quoi! je souffrirai, moi, qu'un cagot de critique Vienne usurper céans un pouvoir tyran nique ; Et que nous ne puissions à rien nous divertir, Si ce beau monsieur-là n'y daigne consentir?
DORINE
S'il le faut écouter, et croire à ses maximes. On ne peut faire rien, qu^on ne fasse des crimes ; Car il contrôle tout, ce critique zélé.
MADAME PERNELLE
Et tout ce qu'il contrôle est fort bien contrôlé.
G^est au chemin du ciel qu'il prétend vous conduire :
Et mon fils à Taimer vous devroit tous induire.
DAMIS
Non, voyez-vous, ma mère, il n'est père ni rien, Qui me puisse obliger à lui vouloir du bien : Je trahirois mon cœur de parler d'autre sorte. Sur ses façons de faire à tous coups je m'emporte : J'en prévois une suite, et qu'avec ce pied-plat Il faudra que j'en vienne à quelque grand éclat.
Certes, c'est une chose aussi qui scandalise
De voir qu'un inconnu céans s'impatronise;
Qu'un gueux, qui, quand il vint, n'avoit pas de souliers,
Et dont l'hnbit entier valoit bien six deniers,
En vienne jusque-là que de se méconnoitre.
De contrarier tout, et de faire le maître.
MADAME PERNELLE
Eh I merci de ma vie, il en iroit bien mieux Si tout se gouvernoit par ses ordres pieux.
DORINE
Il passe pour un saint dans votre fantaisie :
Tout son fait, croyez-moi, n'est rien qu'hypocrisie.
' Var. De le voir quereller par nn Ton comme vous.