‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 303 sur 479 · ACTE I, SCÈiNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈiNE I

MADAME PERNELtiE.

Voyez la langue!

DOBINE.

A lui, non plus qu'à son Laurent Je ne me fieiois; moi, que sur un bon garant.

MADAME PERNELLE

J'ignore ce qu'au fond le serviteur peut être; Mais pour homme de bien je garantis le maîlre. Vous ne lut voulez mal et ne le rebutez Qu'à cause qu'il vous dit à tous vos vérités.. C'est contre le péché que son cœur se courrouce, Et rintérét du ciel est tout ce qui le pousse.

DORINE

Oui; mais pourquoi, surtout depuis un certain temps^

Ne sauroit-il souffrir qu*aucun hante céans?

Ëo quoi blesse le ciel une visite honnête.

Pour en faire un vacarme à nous rompre la tète?

Veut-on que là-dessus je m'explique entre nous?...

(Montrant Elmire.)

Je crois que de madame il est, ma foi, jaloux*. ■

MADAME PERNELLE

Taisez-vous, et^ongez aux choses que vous dites. Ce n'est pas lui tout seul qui blâme ces visites : Tout ce tracas qui suit les gens que vous hantez, Ces carrosses sans cesse à la porte plantés. Et de tant de laquais le bruyant assemblage, Font un éclat fâcheux dans tout le voisinage. Je veux croire qu'au fond il ne se passe rien ; Mais enGn on en parle, et cela n'est pas bien.

CLÉANTE

Hél voulez-vous, madame, «empêcher qaon ne cause?

Ce seroit dans la vie une fâcheuse chose,

Si, pour les sots discours où Ton peut être mis,

11 falloit renoncer à ses meilleurs amis.

Et quand même on pourroit se résoudre à le faire,

Croiriez-vous obliger tout le monde à se taire?

Contre la médisance il n'est point de rempart.

A tous les sots caquets n'ayons donc nul égard ;

* L'aoleiir de b Lettre tur l'Imposteur a remarqaé le pr<>mirr que ce irait élait là ponr faire pressenlir la c\ nUuitc, ou |tlu(dl pour lendre croi\,able Vatnour emporté de Tartuffe. (Aimé tfailin.)

ËfTorçons-nous de vivre avec toute innocence, Et laissons aux causeurs une pleine licence.

DORIKE.

Daphné, notre voisine, et son petit époux, Ne seroient-ils point ceux qui parlent mal de nous? Ceux de qui la conduite offre le plus à rire Sont toujours sur autrui les premiers à médire : lis ne manquent jamais de saisir promptement L'apparente lueur du moindre attachement. D'en semer la nouvelle avec beaucoup de joie. Et d*y donner le tour qu'ils veulent qu'on y croie; Des actions d'autrui, teintes de leurs couleurs, Us pensent dans le monde autoriser les leurs, Et, sous le faux espoir de quelque ressemblance» Aux intrigues qu'ils ont donner de Tinnocenoe, Ou faire ailleurs tomber quelques traits partagés De ce blâme public dont ils sont trop chargés ^.

MADAME PEOÎfELLE.

Tous ces raisonnements ne font rien à l'affaire. On sait qu'Orante mène une vie exemplaire; Tous ses soins vont an ciel; et j'ai su par des gens. Qu'elle condamne fort le train qui vient céans.

L'exemple est admirable, et celle dame est bonne !

Il est 'vrai qu'elle vit en austère personne ;

Mais rage, dans son ame, a mis ce zèle ardent,

Et l'on sait qu'elle est prude, à son corps défendant.

Tant qu'elle a pu des cœurs attirer les hommages,

Elle a fort bien joui de tous ses avantages;

Mais, voyant de ses yeux tous les brillants baisser.

Au monde qui la quitte elle veut renoncer,

Et du voile pompeux d'une haute sagesse

De ses attraits usés déguiser la foi blesse.

Ce sont là les retours des coquettes du temps :

Il leur est dur de voir déserter les galants.

Dans un tel abandon, leur sombre inquiétude

* Celle liradc fait alhigion à ia comtesse de Sotssous, Olympe Vancini, qui, liour se venger de raltaniloii du roi, sema la nouvelle de ses amours uvrc U VuUière, cycore verlueiisc, ei co instruit il la reine, «n y donnant htourqu*ell» vou' oit qu'on y croie» Sou petit époux j ma un rôle daatcelM intrigue, et ils furent eiilés loos deux. (Aimé Martin.)

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