‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 378 sur 479 · SCÈNE IIL — JUPITER, sous UKgnre d'Amphitryon; ALCMÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL — JUPITER, sous UKgnre d'Amphitryon; ALCMÈNE

GLÉANTHIS, MERCURE.

JUPITER

Défendez, chère AIcmène, aui flambeaux d'approcher. Ils m'offrent des plaisirs en m'offrant votre vue ; Mais ils pourroient ici découvrir ma venue.

Qu'il est à propos de cacher.

Mon amour, que génoient tous ces soins éclatants Où me tenoit lié la gloire de nos armes, ' Aux devoirs de ma charge a volé les instants

Qu'il vient de donner è vos charmes.

Ce vol, qu'A vos beautés mon cœur a consacré, Pourroit être blâmé dans la bouche publique,

Et j'en veux pour témoin unique

Celle qui peut m'en savoir gré.

ALCMÈNE

Je prends, Amphitryon, grande part à la gloire

478 AMPUITKYON.

Que répandent sur vous vos illustres exploits;

Et réclat de votre victoire Sait toucher de mon cœur les sensibles endroits Mais quand je vois que cet honneur fatal

Ëloigne de moi ce que j'aime^ Je ne puis m^em pécher, dans ma tendresse extrême.

De lui vouloir un peu de mal, Et d'opposer mes vœux à cet ordre suprême

Qui des Thébains vous fait le général.

C'est une douce chose, après une victoire, Que la gloire où Ton voit ce qu'on aime élevé; Mais, parmi les périls mêlés à cette gloire, Un triste coup, hélas ! est bientôt arrivé. De combien de frayeurs a-t-on Tame blessée,

Au moindre choc dont on entend parler!

Voit-on, dans les horreurs d'une telle pensée.

Par où jamais se consoler

Du coup dont on est menacée ?

Et de quelque laurier qu on couronne un vainqueur, Quelque part que Ton ait à cet honneur suprême, Vaut-il ce qu'il en coûte aux tendresses d'un cœur Qui peut, à tout moment, trembler pour ce qu'il aime *?

JUPITER

Je ne vois rien en vous dont mon feu ne s'augmente ;

Tout y marque à mes yeux un cœur bien enflammé ;

Et c'est, je vous Favoue, une chose charmante

De trouver tant d'amour dans un objet aimé.

Mais, si je l'ose dire, un scrupule me gêne,

Aux tendres sentiments que vous me faites voir;

Et, pour les bien goûter, mon amour, chère Alemène,

Voudroit n'y voir entrer rien de votre devoir;

Qu'à votre seule ardeur, qu'à ma seule personne,

' L'Aicniènc de Molieie eaprinM? tout oalureUémeDt le» craintes cTuoe femme que la gloire d'un mari mort dans les combats oe dédommagerait pas de sa perte. L'Alcmène de Plaale a de bien autres sentiments : c Qu'Amphitryon s'éloigne^ «lit-elle, j'y consens, pourvu qu'il revienne toujours victorieux. Je supporterai son absence paiiemmeiit, el je trouverai mes iaqaiëtudes bien récompenscoK, s'il acquiert la répuiaiion de grand capitaine. La valeur est d'un prix inesiimable; elle est préférable à toutes choses. C'est elle qui nous conserve la liberté, la vie, la patrie, nos parents et nos eûfaots; enfin, c'est une vertu qui comprend tout*>s les autres vertus. > Les deux poêles, ^n mettant un langage si diffcrcul dans la bouche du même personnage, ont marqué la différence <!• s mœurs de leur siècle et de le«r pays. (Aug<M-.)

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