‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 379 sur 479 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

Je dusse les faveurs que je reçois de vous ; Et que la qualité que j'ai de votre époui Ne fût point ce qui me les donne.

ALCMÈNE

C'est de ce nom pourtant que Tardeur qui me brûle

Tient le droit de paraître au jour ; Et je ne comprends rien à ce nouveau scrupule

Dont s'embarrasse votre amour.

JUPITER

Ah ! c(* que j ai pour vous d'ardeur et de tendresse

Passe aussi celle d'un épbux ; Et vous ne savez pas, dans des moments si doux,

Quelle en est la délicatesse.

Vous ne concevez point qu'un cœur bien amoureux Sur cent pelils égards s'attache avec étude,

Et se fait une inquiétude

De la manière d'être heureux.

En moi, belle et charmante AIcmène, Vous voyez un mari, vous voyez un amant; Mais l'amant seul me touche, à parler franchement, Et je sens, près de vous, que le mari le gène. Cet amant, de vos vœux jaloux au dernier point, Souhaite qu'à lui seul votre amour s'abandonne;

Et sa passion ne veut point

De ce que le mari lui donne.

Il veut de pure source obtenir vos ardeurs. Et ne veut rien tenir des nœuds de rhyménéet Rien d'un fâcheux devoir qui fait agir les cœurs, Et par qui, tous les jours, des plus chères faveur?

La douceur est empoisonnée.

Dans le S(;rupule enfin dont il est combattu, 11 veut, pour satisfaire à sa délicatesse, Que vous le sépariez d'avec ce qui le blesse, Que le mari ne soit que pour votre vertu, Et que de votre cœur, de bonté revêtu, L'amant ait tout l'amour et toute la tendresse.

ALCMÈNE

Amphitryon, en vérité, Vous vous moquez de tenir ce langage.

Et j'aurois peur qu'on ne vous crût pas sage Si de quelqu'un vous étiez écouté.

IDPITER.

Ce discours est pLus raisonnable,

AIcméne, qae vous ne pensez.

Mais un plus long séjour me rendroit trop coupable, Et du retour au port les moments sont pressés. Adieu. De mon devoir Tétrange barbarie

Pour un temps m*arrache de vous; Mais, belle Alcmène, au moins, quand vous verrez l'époux,

Songez à l'amant, je vous prie.

ALCMhNB.

Je ne sépare point ce qu^uni^sent les dieux ; Et l'époux et Taniant me sont fort précieui.

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