ACTE I, SCÈNE
Je dusse les faveurs que je reçois de vous ; Et que la qualité que j'ai de votre époui Ne fût point ce qui me les donne.
ALCMÈNE
C'est de ce nom pourtant que Tardeur qui me brûle
Tient le droit de paraître au jour ; Et je ne comprends rien à ce nouveau scrupule
Dont s'embarrasse votre amour.
JUPITER
Ah ! c(* que j ai pour vous d'ardeur et de tendresse
Passe aussi celle d'un épbux ; Et vous ne savez pas, dans des moments si doux,
Quelle en est la délicatesse.
Vous ne concevez point qu'un cœur bien amoureux Sur cent pelils égards s'attache avec étude,
Et se fait une inquiétude
De la manière d'être heureux.
En moi, belle et charmante AIcmène, Vous voyez un mari, vous voyez un amant; Mais l'amant seul me touche, à parler franchement, Et je sens, près de vous, que le mari le gène. Cet amant, de vos vœux jaloux au dernier point, Souhaite qu'à lui seul votre amour s'abandonne;
Et sa passion ne veut point
De ce que le mari lui donne.
Il veut de pure source obtenir vos ardeurs. Et ne veut rien tenir des nœuds de rhyménéet Rien d'un fâcheux devoir qui fait agir les cœurs, Et par qui, tous les jours, des plus chères faveur?
La douceur est empoisonnée.
Dans le S(;rupule enfin dont il est combattu, 11 veut, pour satisfaire à sa délicatesse, Que vous le sépariez d'avec ce qui le blesse, Que le mari ne soit que pour votre vertu, Et que de votre cœur, de bonté revêtu, L'amant ait tout l'amour et toute la tendresse.
ALCMÈNE
Amphitryon, en vérité, Vous vous moquez de tenir ce langage.
Et j'aurois peur qu'on ne vous crût pas sage Si de quelqu'un vous étiez écouté.
IDPITER.
Ce discours est pLus raisonnable,
AIcméne, qae vous ne pensez.
Mais un plus long séjour me rendroit trop coupable, Et du retour au port les moments sont pressés. Adieu. De mon devoir Tétrange barbarie
Pour un temps m*arrache de vous; Mais, belle Alcmène, au moins, quand vous verrez l'époux,
Songez à l'amant, je vous prie.
ALCMhNB.
Je ne sépare point ce qu^uni^sent les dieux ; Et l'époux et Taniant me sont fort précieui.