‹ Œuvres complètes de Molière. Éd. variorum collationnée sur les meilleurs textes précédée d'un précis de l'histoire du théatre en France ... de la biographie de Molière ... accompagnée de notices historiques et littéraires sur chaque comédie de MolièreChapitre 399 sur 479 · ACTE II, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE VI

Tous deux ils sont peînU à mes yeux : Tous deux sont criminels, tous deux m'oot offensée, Et tous deus me sont odieux.

Hé bien ! puisque vous le voulez,

H faut donc me charger du crime.

Oui, vous avez raison lorsque vous m'immolez A vos ressentiments, en coupable victime. Un trop juste dépit contre moi vous anime ; Et tout ce grand courroux qu'ici vous étalez Ne me fait endurer qu'un tourment légitime. C'est avec droit que mon abord vous chasse,

Et que de me fuir en tous lieux

Votre colère me menace.

Je dois vous être un objet odieux.

Vous devez me vouloir un mai prodigieux. Il n'est aucune horreur que mon forfait ne passe,

D'avoir offensé vos beaux yeux.

C'est un crime à blesser les hommes et les dieux; Et je mérite enûn, pour punir cette audace, Que contre moi votre haine ramasse

Tous ses traits les plus furieux.

Mais mon cœur vous demande grâce ; Pour vous la demander je me jette à genoux, Et la demande au nom de la plus vive flamme, '

Du plus tendre amour dont une ame

Puisse jamais brûler pour vous.

Si votre cœur, charmante Âlcmène, Me refuse la grâce où j'ose recourir,

11 faut qu'une atteinte soudaine

M'arrache, en me faisant mourir.

Aux dures rigueurs d'une peine

Que je ne saurois plus souffrir.

Oui, cet état me désespère.

Alcmène, ne présumez pas Qu'aimant, comme je fais, vos célestes appas, Je puisse vivre un jour avec votre colère. Déjà de ces moments la barbare longueur

Fait, sous des atteintes mortelles,

Succomber tout mon trisle cœur.

Et de mille vautours les blessures cruelles

508 AMPHITRYON

N ont lien de comparable à ma vive douleur. Atcinène, vous n*a\ez qu'à me le déclarer : S'il a'est point de pardou que je doive espérer, Cetle épée aussitôt, par un coup favorable, Va percer à vos yeux le cœur d'un misérable, Ce cœur, ce traître cœur, trop digne d'expirer. Puisqu'il a pu fâcher un objet adorable : Heureux, en descendant au ténébreux séjour, Si de votre courroux mon trépas vous ramène, Et ne laisse en votre ame, après ce triste jour,

Aucune impression de haine,

Au souvenir de mon amour!

C'est tout ce que j'attends pour faveur souveraine.

ALCXÈKE.

Ah ! trop cruel époux \

JUPITEE.

Dites, parlez, AIcmène.

ALCMÈNE

Faut-il enoor pour vous conserver des bontés. Et vous voir m'ou trader par tant d'indignités?

JUPITER

ijuelque ressentiment qu'un outrage nous cause, Tient-il contre un remords d'un cœur bien enflammé?

ALCHÈNE.

Un cœur bien plein de flamme è mille morts s'expose. Plutôt que de vouloir fâcher l'objet aimé.

JUPITER

Plus on aime quelqu'un, moins on trouve de peine...

ALCMÈNE

Non, ne m'en parlez point; vous méritez ma haine.

JUPITER

Vous me haïssez donc?

ALCMÈNE

J'y fais tout mon effort ; Et j'ai dépit de voir que toute votre offense Ne puisse de mon cœur jusqu'à cette vengeance Faire encore aller le transport .

JUPFTER.

Mais pourquoi cette violence, Puisque, pour vous venger, je vous offre ma mort? Prottonci>z-en l'arrêt, et j'obéis sur l'heure.

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