‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 13 sur 244 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

pu Tite Live qu« le oen» n'étoit pour lors qu« d'environ 0€^t treate-sept mille oitoyens.

Gartbagi employoit plus de forces pour attaquer ^ Roum, pour se défendre; celle-ci comme on vient de dire, arma un nombre d'hommes prodigieux contre les Gaulois et Annibal qui Tattaquoient , et elle n'envoya que deux légions contre les plus grands rois : ce qui rendit ses forces étemelles.

L'établissement de Garthage dans son pays étoit moins solide que celai de Rome dans le sien : cette dernière avoit trente colonies autour d'elle, qui en étoient comme les remparts ^ Âiant la bataille de Cannes , aucun allié ne l'avoit abandonnée : c'est que les Samnites et les autres peuples d'Italie étoient accoutumés à sa domination.

La plupart deâ villes d'Afrique étant peu fortifiées se réndoient d'abord à quiconque se présentoit pour les prendre; aussi tous ceux qui y débarquèrent, Agathocle, Régulus, Scipion, mirent-ila d'abord Garthage au désespoir.

On ne peut guère attrÛ)uer qu'à un mauvais gouvernement ce qui leur arriva dans toute la guerre que leur fit le premier Scipion : leur ville et leurs armées même étoient afistmées , tandis que les Romains étoient dans l'abondance de toutes choses '.

Chez les Carthaginois, les armées qui avoient été battues devendent plus insolentes ; quelquefois elles mettoient en croix leurs généraux, et les punissoient de leur propre lâcheté. Chez les Romains, le consul décimoit les troupes qui avoient fui» et les ramenoit contre les ennemis.

Le gouvernement des Carthaginois étoit très-dur * : ils avoient si ton tourmenté les peuples d'E^agne, que, lorsque les Romains y arrivèrent, ils furent regardés comme des libérateurs; et, si l'on fait attention aux sommes immenses qu'il leur en coûta pour soutenir une guerre où ils succombèrent , on verra bien que l'injustice est mauvaise ménagère , et qu'elle ne remplit pas même ses vues.

La fondation d'Alexandrie avoit beaucoup diminué le commerce de Garthage. Dans les premiers tetnps, la superstition bannissoit en quelque façon les étrangers de l'Egypte; et, lorsque les Perses l'eurent conquise , ils n'avoient songé qu'à affoiblir leurs nouveaux sujets; mais, sous les rois gréés, l'Egypte fit presque tout le corn** merce du monde , et celui de Garthage commença à déchoir.

Les puissances établies par le commerce peuvent subsister longtemps dans leur médiocrité; mais leur grandeur est de peu de

4 . Tile Livè, liv. XXYII, cfaap. ix et suiv. 2. Yoy. Appien, lib. Lifyc.y chap. xxv.

5. Yoy. ce que Polybe dit de leurs exactiens, surtout dans le fragment du liv. IX. {Extrait ikâ rertut et du weâs.)

i6 GRANDEUR ET DÉCADENTE DES ROMAINS.

durée. Elles s*élèTent peu à peu, et sans que personne s'en aperçoive ; car elles ne font aucun acte particulier qui fasse du bruit et signale leur puissance; mais, lorsque la chose est venue au point qu'on ne peut plus s'empêcher de la voir , chacun cherche à priver cette nation d'un avantage qu'elle n'a pris , pour ainsi dire , que par surprise.

La cavalerie carthaginoise valoit mieux que la romaine , par deux raisons : l'une, que les chevaux numides et espagnols étoient meilleurs que ceux d'Italie ; et Fautre , que la cavalerie romaine étoit mal armée : car ce ne fut que dans les guerres que les Romains firent en Grèce qu'ils changèrent de manière , comme nous l'apprenons de Polybe *.

Dans la première guerre punique , Régulus fut battu dès que les^ Carthaginois choisirent les plaines pour faire combattre leur cavalerie ; et dans la seconde , Annibal , dut à ses Numides ses principales victoires '.

Scipion ayant conquis l'Espagne , et fait alliance avec Massinisse , dta aux Carthaginois cette supériorité. Ce fut la cavalerie numide qui gagna la bataille de Zama, et finit la guerre.

Les Carthaginois avoient plus d'expérience sur la mer, et connoissoient mieux la manœuvre que les Romains ; mais il me semble que cet avantage n'étoit pas pour lors si grand qu'il le seroit aujourd'hui.

Les anciens n'ayant pas la boussole ne pouvoient guère naviguer que sur les côtes; aussi ils ne se servoient que de bâtimens à rames, petits et plats; presque toutes les rades étoient pour eux des ports; la science des pilotes étoit très-bornée , et leur manoeuvre très-peu de chose : aussi Aristote disoit-il', qu'il étoit inutile d'avoir un corps de mariniers, et que les l&boureurs suffisoioit pour cela.

L'art étoit si imparfait, qu'on ne faisoit guère avec mille rames que ce qui se fait aujourd'hui avec cent *,

Les grands vaisseaux étoient désavantageux , en ce qu'étant difficilement mus par la chiourme , ils ne pouvoient pas faire les évolutions nécessaires. Antoine 'Cn fit à Actium une funeste expérience * : ses navires ne pouvoient se remuer, pendant que ceux d'Auguste , plus légers , les attaquoient de toutes parts.

•I. Liv.VI, chap. xxv.

3. Des corps entiers de Numides passèrent du c6ié des Romains , qui dès lors commencèrent i respirer.

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