‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 14 sur 244 · CHAPITRE IV. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. i

Les vaisseaux anciens étant à rames, les plus légers brisoient aisément celles des plus grands y qui pour lors n*étoxent plus que des machines immobiles , comme sont aujourd'hui nos vaisseaux démâtés.

Depuis rinvention de la boussole , on a changé de manière ; on a al)andonné les rames ', on a fui les côtes, on a construit de gros Taisseaux ; la machine est devenue plus composée , et les pratiques se sont multipliées.

L'invention de la poudre a fait une chose qu'on n*auroit pas soupçonnée : c'est que la force des armées navales a plus que jamais consisté dans Fart ; car , pour résister à la violence du canon , et ne pas essuyer un feu supérieur , il a fallu de gros navires. Mai<i à la grandeur de la machine on a dû proportionner la puissance de l'art.

Les petits vaisseaux d'autrefois s*accrochoient soudain, et les soldats combattaient des deux parts; on mettoit sur une flotte toute une armée de terre. Dans la bataille navale que Régulus et son collègue gagnèrent, on vit combattre cen^ trente mille Romains contre cent cinquante mille Carthaginois. Pour lors les soldats étoient pour beaucoup , et les gens de l'art pour peu ; à présent les soldats sont pour rien, ou pour peu, et les gens de l'art pour beaucoup.

La victoire du consul Duillius fait bien sentir cette différence. Les Romains n'avoient aucune connoissance de la navigation ; une galère carthaginoise échoua sur leurs côtes ; ils se servirent de ce modèle pour en bâtir : en trois mois de temps leurs matelots furent dressés, leur flotte fut coifstruite, équipée, elle mit à la mer, elle trouva l'armée navale des Carthaginois, et la battit.

A peine à présent toute une vie suffît-elle à un prince pour former une flotte capable de parottre devant une puissance qui a déjà l'empire de la mer : c'est peut-être la seule chose que l'argent seul ne peut pas faire. Et si de nos jours un grand prince réussit d'abord ' , l'expérience a fait voir à d'autres que c'est un exemple qui peut être plus admiré que suivi '.

La seconde guerre punique est si fameuse que tout le monde la sait. Quand on examine bien cette foule d'obstacles qui se présentèrent devant Annibal, et que cet homme extraordinaire surmonta tous, on a le plus beau spectacle que nous ait fourni l'antiquité.

Rome fut un prodige de constance. Après les journées du Tésin , de Trébies, et de Trasimène; après celle de Cannes, plus funeste

4. En quoi on peut jager de l'imperfection de la marine des anciens, puisque nous avons abandonné une pratique dans laquelle nous avions Uni de sapérioriié sur eux.

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