Louis XIV. — 3. L'Espagne et laMoscoTïe
18 r.RANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.
encore, abandonnée de presque tous les peuples d'Italie, elle ne demanda point la paix. C'est que le sénat ne se départoit jamais des maximes anciennes : il agissoit avec Annibal comme il ayoit agi autrefois avec Pyrrhus, à qui il avoit refusé de faire aucun accommodement tandis qu'il seroit en Italie; et je trouve dans Denys d'Halicamasse * que , lors de la négociation de Goriolan , le sénat déclara qu'il ne violeroit point ses coutumes anciennes; que le peuple romain ne pou voit faire de paix tandis que les ennemis étoient sur ses terres; mais que, si les Yolsqiles se retiroient, on accorderoit tout ce qui seroit juste.
Rome fut sauvée par la force de son institution. Après la bataille de Cannes, il ne fut pas permis aux femmes même de verser des larmes; le sénat refusa de racheter les prisonniers, et envoya les misérables restes de l'armée faire la guerre en Sicile, sans récompense, ni aucun honneur militaire, jusqu'à ce qu'Annibal fût chassé d'Italie.
D'un autre côté , le consul Térentius Varron avoit fui honteusement jusqu'à Veuouse; cet homme, de la plus basse naissance, n'avoit été élevé au consulat que pour mortifier la noblesse. Mais le sénat ne voulut pas jouir de ce malheureux triomphe ; il vit combien il étoit nécessaire qu'il s'attirât dans cette occasion la confiance du peuple : il alla au-devant de Varron , et le remercia de ce qu'il n'avoit pas désespéré de la république.
Ce n'est pas ordinairement la perte réelle qile l'on fait dans une bataille (c'est-à-dire celle de quelques milliers d'hommes) qui est funeste à un Ëtat, mais la perte imaginaire et le découragement qui le prive des forces mêmes que m fortune lui avoit laissées.
Il y a des choses que tout le monde dit , parce qu'elles ont été dites une fois. On croit qu'Annibal fit une faute insigne de n'avoir point été assiéger Rome après la bataille de Cannes. Il est vrai que d'abord la frayeur y fut extrême ; mais il n'en est pas de la consternation d'un peuple belliqueux, qui se tourne presque toujours en courage , comme de celle d'une vile populace qui ne sent que sa foiblesse. Une preuve qu'Annibal n'auroit pas réussi, c'est que les Romains se trouvèrent encore en état d'envoyer partout du secours.
On dit encore qu'Annibal fit une grande faute de mener son armée à Capoue , où elle s'amollit ; mais l'on ne considère point que l'on ne remonte pas à la vraie cause. Les soldats de cette armée, devenus riches après tant de victoires, n'auroient-ils pas trouvé partout Capoue ? Alexandre , qui commandoit à ses propres sujets , prit dans une occasion pareille un expédient qu'Annibal, qui n'avoit que des troupes mercenaires , ne pouvoit pas prendre : il fît m^ettre le feu au bagage de ses soldats, et brûla toutes leurs