IX. -~ A l'abbé de Guasco
A Turin,
Paris, .... 47«.
Je suis fort aisa, mon cher ami, <iue la lettre que je vous ai donnée pour notre ambassadeur vous ait procuré quelques agrémens à Turin , et un peu dédommagé des duretés > du marquis d'Orméa. J'étois bien sûr que M. et Mme de Senectère se feroient un plaisir de vous connoître, et, dès qu'ils vous connottroient, qu'ils vous recevroient à bras ouverts. Je vous charge de leur témoigner combien je suis sensible aux égards qu'ils ont eus à ma recommandation. Je vous félicite du plaisir que vous avez eu de faire le voyage avec M. le comte d'Kgmont : il est effectivement de mes amis, et un des seifsneurs pour lesquels j'ai le plus d'estime. J'accepte Tappointement de souper chez lui avec vous à son retour de Naples; mais je crains bien que, si la guerre continue, je ne sois forcé d'aller planter des choux à la Brade. Notre commerce de Guienne sera bientôt aux abois ; nos vins nous resteront sur les bras , et vous savez que c'est toute notre richesse. Je prévois que le traité provisionnel de la cour de Turin avec celle de Vienne nous enlèvera le commandeur de Solar; et, en ce cas, je regretterai moins Paris. Dites mille choses pour moi à M. îe marquis de Breil. L'humanité lui devra beaucoup pour la bonne éducation qu'il a donnée à M. le duc de Savoie, dont j'entends dire de très-belles choses. J*avoueque je me sens un peu de vanité de voir que je me formai une juste idée de ce grand homme lorsque j'eus l'honneur de le connoître à Vienne. Je voudrois bien que vous fussiez de retour à Paris avant que j'en parte; et je me réserve de vous dire alors le secret du Temple de Gnide^. Tâchez d'arranger vos intérêts domestiques le mieux que vous pourrez ; et abandonnez à un avenir plus favorable la réparation des torts du ministère contre votre maison. C'est dans vos principes, vos occupations, et votre conduite, que vous devez chercher, quant à présent, des armes, des consolations, et des ressources. Le marquis d'Orméa n'est pas un homme à reculer; et, dans les circonstances où l'on se trouve à votre cour, on fera peu d'attention à vos représentations. X'ambassadeur vous salue. Il commence à ouvrir les yeux sur son amie : j'y ai un peu contribué, et je m'en félicite, parce qu'elle lui faisoit faire mauvaise figure. Adieu.
4 . L'abbé de Goasco ( qu'on appeloit auasl quelquefois le comte de Guasco), né à Pignerol, associé étranger de l'Académie des inscriptions, l'un des plus intimes amis 4e Montesquieu.