LXVII. — Au CHEVALIER D*ATDIES
Bordeaux, ce 2 janvier 4752.
Mon cher chevalier , si vous venez cet été à la Brède , vous prendrez le seul moyen que vous avez d'augmenter la passion que j'ai pour vous ; et quant à ce que vous me dites , de passer par Mayac lorsque j'irai à Paris , je le ferai, et je garde votre lettre pour savoir le chemin ; mais vous n'avez pas xiit aux dames vos nièces à quel point celui que vous leur proposez est délabré , et peu propre à remplir les grandes vues que vous avez. Je me souviens d'une pièce de vers où il y avoit :
J'ai soixante ans, c'est trop peu pour vos charmes. ,
Sylva disoit fort bien : il n'y a rien de si difficile que de faire l'amour av«c de l'esprit; moi je dis qu'il est encore plus difficile défaire l'amour avec le cœur et avec INesprit : mais ceci' est trop relevé pour un pauvre chasseur devant Dieu ; ainsi je ne vous parlerai que de notre misère , qui est extrême ; et telle qu'il me semble qu'il vaut mieux s'ennuyer que de se divertir devant des misérables. Je ne sais , . ma foi, à quoi tout cela aboutira; mais je sais que tous les lendemains sont pires , et que cela vise à la dépopulation. Nous serons dépopulés, mon cher chevalier, et peut-être passerons-nous devant les autres.
Vous chassez, et je plante des arbres, et je défriche les landes; il faut s'amuser comme on.peut. La ville de Bordeaux est fort triste, et je ne tâte guère de ce séjour.
On dit que le charmant milord est malade à Toulouse. Agréez, je vous prie , mes sentimens les plus tendres.
LXVIiï. — A l'abbé de Guasco.
De la Brède, le 46 mars 4752.
Mon cher ami , vous volez dans les vastes régions de l'air ; je ne fais que marcher , et nous ne nous rencontrons pas. Dès que j'ai été libre de quitter Paris, je n'ai pas manqué de venir ici, oùj'aYois des affaires considérables. Je pars dans ce moment pour Clérac, et j'ai avancé mon voyage d'un mois pour trouver M. le duc d'Aiguillon , et finir avec lui ^ , parce que*ses gens d'afiaires barbouillent plus qa*ils n'ont jamais fait. J'ai envoyé le tonneau de vin à milonl £lil>an , que vous m'avez demandé pour lui. Milord me le payera ce qu'il vou*