‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 21 sur 244 · Florus, liv. III, chap. nr · texte numérisé non relu

Florus, liv. III, chap. nr

ai GRANDEUR ET DÉCADENCE DES ROMAINS.

rexerctce du crime. Enfin les droits légitimes ou usurpés ne se foutenant que par de Targent, les princes, pour en avoir, dé- |>ouilloient les temples, confisquoient les biens des plus riches citoyens : on faisoit mille crimes pour donner aux Romains tout l'argent du monde.

• Mais rien ne servit mieux Rome que le respect qu'elle imprima à la terre. Elle mit d'abord les rois dans le silence, et les rendit comme stupides. Il ne s'agissoit pas du degré de leur puissance ; mais leur personne propre étoit attaquée. Risquer une guerre, c'étoit s'exposer à la captivité, à la mort, à l'infamie du triomphe. Ainsi des rois qui vi voient dans le faste et dans les délices n'osoient jeter des regards fixes sur le peuple romain; et, perdant le courage, ils attendoient, de leur patience et de leurs bassesses, quelque délai aux misères dont ils étoient menacés '.

Remarquez, je vous prie, la conduite des Romains. Après la défaite d'Antiochus , ils étoient maîtres de l'Afrique , de l'Asie et de la Grèce, sans y avoir presque de villes en propre. Il sembloit qu*ils ne conquissent que pour donner ; mais ils restoient si bien les maîtres que, lorsqu'ils faisoient la guerre à quelque prince, ils l'accabloient pour ainsi dire du poids de tout l'univers.

Il n'étoit pas temps encore de s'emparer des pays conquis. S'ils avoient gardé les yilles prises à Philippe , ils auroient fait ouvrir les yeux aux Grecs ; si , après la seconde guerre punique , ou celle contre Antioohus , ils avoient pris des terres en Afrique ou en Asie, ils n'auroient pu conserver des conquêtes si peu solidement . établies >.

Il falloit attendre que toutes les nations fussent accoutumées à obéir, comme libres et comme alliées , avant de leur commander comme sujettes , et qu'elles eussent été se perdre peu à peu dans la république romaine.

Voyez le traité qu'ils firent avec les Latins après la victoire du . lac Régille' : il fut un des principaux fondemens de leur puissance. On n'y trouve pas un seul mot qui puisse faire soupçonner . l'empire.

C'étoit une manière lente de conquérir. On vainquoit un peuple , - et on se contentoit de l'afibiblir ; on lui imposoit des conditions . qui le minoient insensiblement; s'il se relevoit, on l'abaissoit en-

I . Ils cachoieni autant qu'ils ponvoient leur puissance et leurs richesses aux Romains. Voy. li-dessus on Ara^pment du liv. I de Dion. ; 2. ils n'osèrent y exposer leurs colonies; ils aimèrent mieux mettre une jalousie étemelle entre les Carthaginois et Massinisse , et se senir du secours des uns et des autres pour soumettre la Macédoine et la Grèce.

9. Denys d'Halicamasse le rapporte, 11^. YI, cbap. xcv, édil, d'Oxford.

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