CHAPITRE Yl
core davantage ; et il devenoît sujet sans qu*on pilt donner une époque de sa sujétion.
Ainsi Rome n'étoit pas proprement une monarchie ou une république, mais la tète du corps formé partons les peuples du monde.
Si les Espagnols , après la conquête du Mexique et du Pérou , aroient suivi ce plan , ils n'auroient pas été obligés de tout détruire pour tout conserver.
C'est la folie des conquérans de vouloir donner à tous les peuples leurs lois et leurs coutumes : cela n*est bon à rien ; car dans toute sorte de gouvernement on est capable d'obéir.
Mais Rome n'imposant aucunes lois générales , les peuples n'avoient point entre eux de liaisons dangereuses ; ils ne faisoient un corps que par une obéissance commune ; et, sans être compatriotes, ils étoient tous Romains.
On objectera peut-être que les empires fondés sur les lois des fiefii n'ont jamais été durables ni puissans. Mais il n'y a rien au monde de si contradictoire que le plan des Romains et celui des barbares; et, pour n'en dire qu'un mot, le premier étoit l'ouvrage de la force , l'autre de la foiblesse ; dans l'un , la siyétion étoit extrême; dans l'autre, l'indépendance. Dans les pays conquis par les nations germaniques, le pouvoir étoit dans la main des vassaux; le droit seulement, dans la main du prince : c'étoit tout le contraire cbez les Romains. *
Ghap. YII. — Comment Mithridale ptit leur résisUr,
De tous les rois que les Romains attaquèrent , Mithrîdate seul se défendit avec courage , et les mit en péril.
La situation de ses £tats étoit admirable pour leur faire la guerre. Ils touchoient au pays inaccessible du Caucase, rempli de nations féroces dont on pouvoit se servir ; de là ils s'étendoient sur la mer du Pont : Mithridate la couvroit de ses vaisseaux, et alloit continuellement acheter de nouvelles armées de Scythes; l'Asie étoit ouverte à ses invasions ; il étoit riche parce que ses villes sur le Pont-Euxin làisoîent un commerce avantageux avec des nations moins industrieuses qu'elles. *
Les proscriptions, dont la coutume commença dans ces temps-là, obligèrent plusieurs Romains de quitter leur patrie. Mithridate les reçut à bras ouverts; il forma des légions, où il les fit entrer, qui furent ses meilleures troupes <•
^ Frontin, Stratagèmes^ liv. II, ebap. m, $ 4 5, dit qu'Archélaiis, lieutenintde Mithridate» eombatUnt contre Sylla, mit au premier rang ses tluffiois i faux; au second, sa phalange; an troisième les auxiliaires
: D'un autre' côté,' Rome trayailléé par ses dissensions civiles, occupée de maux plus pressans, négligea les affaires d'Asie, et laissa Mithridate suivre ses tictoires, ou respirer après ses défaites.
Rien n^avoit plus perdu la plupart des rois que le désir manifeste qu'ils témoignoient dé la paix; ils avoient détourné par là tous les autres peuples de partager avec eux un péril dont ils vouloient tant sortir eux-mêmes. Mais Mithridate fit d'abord sentir à toute la terre qu'il étoit l'ennemi des Romains, et qu'il le seroit toujours.
Enfin les villes de Grèce et d'Asie, voyant que le joug des^ Romains s'appesantissoit tous les jours sur elles, mirent leur confiance dans ce roi barbare , qui les appeloit à la liberté.
Cette disposition des choses produisit trois grandes guerres , qui forment un des beaux morceaux de l'histoire romaine; parce qu'on n'y voit pas des princes déjà vaincus par les délices et l'orgueil, comme Antiochus et Tigrane, pu par la crainte, comme Philippe, Persée et Jugurtha, mais un roi magnanime; qui, dans les adversités, tel qu'un lion qui regarde ses blessures, n'en étoitque plus indigné.
Elles sont singulières , parce que les révolutions y sont continuelles et toujours inopinées; car, si Mithridate pouvoit aisément réparer ses armées, il arrivoit aussi que, dans les revers, où l'on a plus besoin d'obéissance et de discipline, ses troupes barbares l'abandonnoient ; s'il ^voit l'art de solliciter les peuples, et de faire révolter les villes , il éprouvoit à son tour des perfidies de la part de ses capitaines } de ses enfans et de ses femmes ; enfin , s'il eut affaire à des généraux romains malhabiles, on envoya contre lui, en divers temps, Sylla, LucuUus et Pompée.
Ce prince, après avoir battu les généraux romains, et fait la conquête de l'Asie , de la Macédoine et de la Grèce , ayant été vaincu à son tour par Sylla, réduit, par un traité, à ses anciennes limites , fatigué par les généraux romains , devenu encore une fois leur vainqueur et le conquérant de l'Asie, chassé par Lucullus, suivi dans son propre pays , fut obligé de se retirer chez Tigrane ; et , le voyant perdu sans ressource après sa défaite , ne comptant plus que sur lui-même , il se réfugia dans ses propres États , et s'y rétablit.
Pompée succéda à Lucullus, et Mithridate en fut accablé : il fait de ses États , et passant l'Araxe , il marcha de péril en péril par le pays des Laziens; et, ramassant dans son chemin ce qu'il trouva
•armés i la romaine : <e Mixtis (tagitlvis Italias, qooram pervicacia multom « fidebat.9 Mithridate fit même une alliance avec Sertorius. Yot. aussi '^lul&vqaej Fie de Lucullus.