CHAPITRE VIT. 3K
do2»ari»res,il parut dans le Bosphore, devant son fils Maccharès, qui avoit fait sa paix avec les Romains >.
Bans l'abîme où il étoit, il forma le dessein de porter la guerre ea Italie, et d'aller à Rome avec les mêmes nations qui Tasser- Tirent quelques siècles après, et par le môme chemin qu'elles tinrent *.
Trahi par Pharnace, un autre de ses fils, et par une armée effrayée de la grandeur de ses entreprises et des hasards qu'il alloit chercher , il mourut en roi.
Ce fut alors que Pompée, dans la rapidité de ses victoires, Acheva le pompeux ouvrage de la grandeur de Rome. Jl unit au corps de son empire des pays infinis : ce qui servit plus au spectacle de la magnificence romaine qu'à sa vraie puissance ; et , quoiqu'il parût par les écriteaux portés à son triomphe qu'il avoit augmenté le revenu du fisc de plus d'un tiers , le pouvoir n*aug* menta pas, et la liberté publique n'en fut que plus exposée'.
Chap. VIII. — Dm divisions qui furent toujours dans la ville, •
Pendant que Rome cbnquéroit l'univers, il y avoit dans ses murailles une guerre cachée : c'étoient des feux comme ceux dé ces volcans q^ui sortent sitôt que quelque matière vient en augmen* ter la fermentation.
Après l'expulsion des rois, le gouvernement étoit devenu aristo* cratique : les familles patriciennes obtenoient seules toutes les magistratures, toutes les dignités^, et par conséquent tous les bonneurs militaires et civils ^
Les patriciens voulant empêcher le retour des rois cherchèrent à augmenter le mouvement qui étoit dans l'esprit du peuple ; mais ils firent plus qu'ils ne voulurent; à force de lui donner de la haine pour les rois vils lui donnèrent un désir immodéré de la liberté. Comme l'autorité royale avoit passé tout entière entre les mains des consuls, le peuple sentit que cette liberté dont on vouloit lui donner tant d'amour, il ne l'avoit pas : il chercha donc â abaisser le consulat, à vouloir des magistrats plébéiens, et à partager avec les nobles les magistratures curules. Les patriciens
4. Mithridale l'&voit fait roi du Bosphore. Sur k nouvelle de l'arrivée le ton père , il se donna la mort.
y Voy. Appton, De hello MkhrUatieo, châp. cdc,
3. Voy. Jplutarqoe, dans la Fie de Pompée; et Zonaras, liv. II.
4. Les patriciens avoient mémo ea quelque façon un caractère sacré t tt n'j avoit qa'euz qui pussent prendre les auspices. Voy. dans Tite Live, llr. YI, chap. xi. et suiv., la harangue d*Appius Glaudius.
1. 1^ eseitaple, il n'y avoit qu'eux qui pnsséixt triompher, puisqu'il Vf avoit qu'etu qui pussent être consuls et commander les armées.
furent forcés de lui accorder tout ce qu'il demanda; car, dans une ville où la pauvreté étoit la vertu publique, où les richesses, cette voie sourde pour acquérir la puissance, étoient méprisées, la naissance et les dignités ne pouvoient pas donner de grands avantages. La puissance devoit donc revenir au plus grand nombre , et l'aristocratie se changer peu à peu en un Ëtat populaire.
Ceux qui obéissent à un roi sont moins tourmentés d'envie et de jalousie que ceux qui vivent dans une aristocratie héréditaire. Le prince est si loin de ses sujets qu'il n'en est presque pas vu; et il est si fort au-dessus d'eux qu'ils ne peuvent imaginer aucun rapport qui puisse les choquer; mais les nobles qui gouvernent sont sous les yeux de tous , et ne sont pas si élevés que des comparaisons odieuses ne se fassent sans cesse : aussi a-t-on vu de tout temps , et le voit-on encore , le peuple détester les sénateurs. Les républiques, où la naissance ne donne aucune part au gouvernement, sont à cet égard les plus heureuses; car le peuple peut moins envier une autorité qu'il donne à qui il veut , et qu'il reprend à sa fantaisie.
Le peuple, mécontent des patriciens, se retira sur le mont Sacré : on lui envoya des députés qui l'apaisèrent; et comme chacun se promit secours l'un à l'autre en cas que les patriciens ne tinssent pas les paroles données ' , ce qui eût causé à tous les instans des séditions, et auroit troublé toutes les fonctions des magistrats , on jugea qu'il valoit mieux créer une magistrature qui pût empêcher les injustices faites à un plébéien'. Mais, par une maladie éternelle des hommes, les plébéiens, qui avoient obtenu des tribuns pour se défendre , s'en servirent pour attaquer ; ils enlevèrent peu à peu toutes les prérogatives des patriciens : cela produisit des contestations continuelles. Le peuple étoit soutenu , ou plutôt animé par ses tribuns, et les patriciens étoient défendus par le sénat , qui étoit presque tout composé de patriciens , qui étoit plus porté pour les maximes anciennes, et qui craignoit que la populace n'élevât à la tyrannie quelque tribun.
Le peuple employoit pour lui ses propres forces, et sa supériorité dans les suffrages, ses refus d'aller à la guerre, ses menaces de se retirer , la partialité de ses lois , enfin ses jugemens contre ceux qui lui avoient fait trop de résistance. Le sénat se défendoit par sa sagesse , sa justice , et l'amour qu'il inspiroit pour la patrie ; par ses bienfaits , et une sage dispensation des trésors de la répu^ blique , par le respect que le peuple avoit pour la gloire des principales familles et la vertu des grands personnages '; par la reli-
4. Zonaras, liv. II. -^ 2. OrigiDe des tribuns du people. 3. Le peuple, qui aimoit la gloire, composé de gêna qui avoient passé leur vie à la guerre, ne pouvoit refuser ses suffrages à un grand konune