‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 228 sur 244 · XCII. ■— A l'abbA de Guasco · texte numérisé non relu

XCII. ■— A l'abbA de Guasco

De laBrède, le 4 5 décembre 4754.

Je suis bien étonné, mon cher ami, du procédé de la Geoffrin; je ne m'attendois pas à ce trait malhonnête de sa part contre un ami que j'estime , que je chéris , et dont elle me doit la connoissance. Je me ^ reproche de ne vous avoir pas prévenu de ne plus aller chez elle. Où est l'hospitalité? où est la morale? Quels sont les gens de lettres qui seront en sûreté dans cette maison , si l'on y dépend ainsi d'un caprice? Elle n'a rien à vous reprocher, j'en suis sûr; ce qu'elle a dit de vous ne sont que des sottises qu'Û ne vaut pas la peine de vous rendre. Après tout, qu'est-ce que tout cela vous fait ? Elle ne donne pas le ton dans Paris, et il ne peut y avoir que quelques esprits rampans et subalternes et quelques caillettes qui daignent modeler leur façon de penser sur la sienne. Vous êtes connu dans la bonne compagnie ; vous y avez fait vos preuves depuis longtemps ; vous tomberez toujours sur vos pieds : voyez la duchesse d'Aiguillon , elle ne pense pas d'après les autres ; voyez nos amis du Marais % et je suis persuadé que vous ne trouverez point de changement dans leur façon de penser et d'agir à votre égard. Nous nous verrons bientôt, et nous parlerons de cette affaire; elle ne vaut pas la peine que vous vous chagriniez.

Tout bien pesé, je ne puis encore me déterminer à livrer mon

i . Cet arUcle fat retranché.

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