‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 31 sur 244 · CHAPITRE XI. 4!S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 4!S

Chap. XI. — De Sylla» — De Pompée et César.

Je supplie qu*oD me permette de détourner les yeux des hor* reurs des guerres de Marius et de Sylla : on en trouvera dans Appiao l'épouvantable histoire. Outre la jalousie , Tambition et la cruauté des deux chefs, chaque Romain étoit furieux; les nouveaux citoyens et les anciens ne se regardoient plus comme les membres d'une même république < , et l'on se faisoit une guerre 9^1 par un caractère particulier, étoit en même temps civile et étraugère.

Sylla fit des lois très-propres à ôter la cause des désordres que Ton avoit vus : elles augmentoient lautorité du sénat , tempéroient le pouvoir du peuple, régloient celui des tribuns. La fantaisie qui lui fit quitter la dictature sembla rendre la vie à la république; mais, dans la fureur de ses succès, il avoit fait des choses qui mirent Rome dans l'impossibilité de conserver sa liberté.

11 ruina, dans son expédition d'Asie, toute la discipline militaire; il accoutuma son armée aux rapines', et lui donna des besoiua qu'elle n'avoit jamais eus; il corrompit une fois des soldats, qui dévoient dans la suite corrompre les capitaines.

Il entra dans -Rome à main armée, et enseigna aux généraux romains à violer l'asile de la liberté*.

Il donna les terres des citoyens aux soldats S et il les rendit a?ides pour jamais; car, dès ce moment, il n'y eut plus un homme de guerre qui n'attendit une occasion qui pût mettre les biens de ses concitoyens entre ses mains.

Il inventa les proscriptions, et mit à prix la tète de ceux qui n'êtoient pas de son parti. Dès lors il fut impossible de s'attacher da?antage à la république; car, parmi deux hommes ambitieux, et qui se disputoient la victoire, ceux qui étoient neutres, et pour le parti de la liberté, étoient sûrs d'être proscrits par celui des

\. Gomme Marius, pour se foire donner la commission de la guerre eootre Mithridate au préjudice de Sylla, avoit, par le secours du tribun Solpitius, répandu les huit nonvelloi tribus des peuples d'Italie dans les iacienuesy ce qui rendoit les Italiens matUres des suffrages, ils étoient la plupart du parti de Marius, pendant que le sénat et les anciens citoyens <ioienl du parU de Sylla.

2. Toy., dans la Conjuration de CaUlina, le portrait que Salluste nous bil de cette armée, S ^ < •

'• « Fugatis Marii copiis, primus urbem Romam cum armis ingressus * est. • ( Segment de Jean d'Anlioche , dans V Extrait des vertus et de»

4. On distribua bien au commencement une partie des terres des en- Basil viinenf ; mais Sylla donnoil les terres des citoyens.

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deux qui seroit vainqueur. Il étoit donc de la prudence de s'attacher à l'un des deux.

Il vint après lui, dit Gicéron ', un homme qui, dans une cause impie, et une victoire encore plus honteuse, ne confisqua pas seulement les biens des particuliers , mais enveloppa dans la même calamité des provinces entières.

Sylla, quittant la dictature, avoit semblé ne vouloir vivre que" sous la protection de ses lois mêmes ; mais cette action , qui marqua tant de modération, étoit elle-même une suite de ses violences. Il avoit donné des établissemens à quarante-sept légions dans divers endroits de l'Italie. « Ces gens-là, dit Appian , regardant leur fortune comme attachée à sa vie , veilloiènt à sa sûreté , et étoient toujours prêts à le secourir ou à le venger*.»

La république devant nécessairement périr, il n'étoit plus question que de savoir comment et par qui elle devoit être abattue.

. Deux hommes également ambitieux , excepté que l'un ne savoit pas aller à son but si directement que l'autre , effacèrent par leur crédit, par leurs exploits, par leurs vertus, tous les autres citoyens. Pompée parut le premier; César le suivit de près.

Pompée, pour s'attirer la faveur, fit casser le's lois de Sylla qui bornoient le pouvoir du peuple ; et quand il eut fait à son ambition un sacrifice des lois les plus salutaires de sa patrie , il obtint tout ce qu'il voulut,^ et la témérité du peuple fut sans bornes à son égard.

Les lois de Rome avoient sagement divisé la puissance publique en un grand nombre de magistratures qui se .soutenoient , s'arrêtoient , et se tempéroient l'une l'autre ; et , comme elles n'avoient toutes qu'un pouvoir borné , chaque citoyen étoit bon pour y parvenir ; et le peuple , voyant passer devant lui plusieurs personnages l'un après l'autre , ne s'accoutumoit à aucun d'eux. Mais dans ces temps-ci le système de la république changea : les plus puissans se firent donner par le peuple des commissions extraordinaires, ce qui anéantit l'autorité du peuple et des magistrats, et mit toutes les grandes afî'aires dans les mains d'un seul ou de peu de gens*.

Fallut-il faire la guerre à Sertorius , on en donna la commission à Pompée. Fallut-il la faire à Mithridate , tout le monde cria Pompée. Eut-on besoin de faire venir des blés à Rome , le peuple croit être perdu, si on n'en charge Pompée. Yeùt-on détruire les pi-

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