‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 75 sur 244 · CHAPITRE XXII. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII. i

leurs haines, ils ne se seroient januiis accommodés jusqu'à la fia du monde.

En voici un exemple bien remarquable. A la sollicitation de l'empereur, les partisans du patriarche Arsène firent une convention avec ceux qui suivoient le patriarche Joseph , qui portoit que les deux partis écriroient leurs prétentions chacun sur un papier; qu'on jeiteroit les deux papiers dans un brasier; que, si Tun des deux demeuroit entier, le jugement de Dieu seroit suivi, et que, si tons les deux étoient consumés , ils renonceroient à leurs différends. Le feu dévora les deux papiers : les deux partis se réunirent, la paix dura un jour; mais le lendemain ils dirent que leur changement auroit dû dépendre d'une persuasion intérieure et non. pas du hasard, et la guerre recommença plus vive que jamais ^

On doit donner une grande attention aux disputes des théologiens; mais il faut la cacher autant qu'il est possible : la peine qu'on parolt prendre à les calmer les accréditant toujours, en faisant voir que leur manière de penser est si importante, qu'elle décide du repos de l'fitat et de la sûreté du prince.

On ne peut pas plus finir leurs affaires en écoutant leurs subtilités, qu'on ne ponrroit abolir les duels en établissant des écoles où l'on ralBneToit sur le point d'honneur.

Les empereurs grecs eurent si peu de prudence que , quand les disputes furent endormies, ils eurent la rage de les réveiller. Anastase*, Justinien*, Héraclius^, Manuel Comnène^, proposèrent des points de foi à leur clergé et à leur peuple, qui auroient méconnu la vérité dans leur boudie quand même iû Tauroient trouvée. Ainsi , péchant toujours dans la forme , et ordinairement dans la fond, voulant faire voir leur pénétration, qu'ils auroient pu si bien montrer dans tant d'autres affaires qui leur étoient con* fiées, ils entreprirent des disputes vaines sur la nature de Dieu, qui, se cachant aux savans parce qu'ils sont orgueiUeiiz,.nese montre pas mieux aux grands de la terre.

C'est une erreur de croire qu'il y ait dans le monde une autorité humaine, à tous les égards, despotique; il n'y en a jamais eu, et il n'y en aura jamais : le pouvoir le plus immense est toujours borné par quelque coin. Que le Grand-Seigneur mette un nouvel impôt à Constantinople, un cri général lui fait d*abord trouver des limites qu'il n*avoit pas connues. Un roi de Perse peut bien

contraindre un fils de tuer son père, ou un père de tuer son fils*;

mais obliger ses sujets de boire du vin, il ne le peut pas. Il y a

àxûi chaque nation un esprit général sur lequel la puissance même est • •..'■'■

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