‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 2)Chapitre 83 sur 244 · Quia esse nolunt, l^anU» [Tal. Maxim. ^ I, cbap. iv · texte numérisé non relu

Quia esse nolunt, l^anU» [Tal. Maxim. ^ I, cbap. iv

i20 POLITIQUE DES ROMAINS

suivi les présages, et cela même étoit un nouvel effet de la poli* tique des Romains. On vouloit faire voir au peuple que les mauvais succès , les yilles prises , les batailles perdues, n'étoient point Tefiet d'une mauvaise constitution de l'Etat, ou de la foiblesse de la république , mais de l'impiété d'un citoyen contre lequel les dieux étoieut irrités. Avec cette persuasion , il n'étoit pas difficile de rendre la confiance au peuple ; il ne falloit pour cela que quelques cérémonies et quelques sacrifices. Ainsi , lorsque la ville étoit menacée ou affligée de quelque malheur, on ne manquoit pas d'en chercher la cause, qui étoit toujours la colère de quelque dieu dont on avoit négligé le culte : il suCfisoit, pour s'en garantir, de faire des sacrifices et des processions; de purifier la ville avec des torches, du soufre , et de l'eau salée. On fkisoit faire à la victime le tour des remparts avant de l'égorger ; ce qui s'appeloit « sacrificium ambur- « bium ,3» et « amburbiale. > Onalloit môme quelquefois jusqu'à purifier les armées et les flottes, après quoi chacun reprenoit courage.

Scévola, grand pontife, et Yarron, un de leurs grands théolo-. giens , disoient qu'il étoit nécessaire que le peuple ignorât beaucoup de choses vraies, et en crût beaucoup de fausses. Saint Augustin dit * que Yarron avoit découvert par là tout le secret des politiques et des ministres d'Etat.

Le même Scévola, au rapport de saint Augustin*, divisoit les dieux en trois classes : ceux qui avoient été établis par les poètes ; ceux qui avoient été établis par les philosophes ; et ceux qui avoient été établis par les magistrats , « a principibus civitatis. «

Ceux qui lisent l'histoire romaine , et qui sont un peu clairvoyans, trouvent à chaque pas des traits de la politique dont nous parlons. Ainsi on voit Cicéran, qui, en particulier et parmi ses amis, fait à chaque moment une confession d'incrédulité 3, parler en public avec un zèle extraordinaire contre l'impiété de Yerrès. On voit un Clodius, qui avoit insolemment profané les mystères de la bonne déesse , et dont l'impiété avoit été marquée par vingt arrêts du sénat, faire lui-même une harangue remplie de zèle à ce sénat qui l'ayoit foudroyé , contre le mépris des pratiques anciennes et de la religion. On voit un Salluste , le plus corrompu de tous les citoyens , mettre à la tête de ses ouvrages une préface digne de la gravité et de l'austérité de Caton. Je n'aurais jamais fait si je voulois épuiser tous les exemples.

Quoique les magistrats ne donnassent pas dans la religion du peuple, il ne faut pas croire qu'ils n'en eussent point. M. Gudworth a fbrt bien prouvé que ceux qui étoient éclairés parmi les païens ado-

4 . « Totnm consilium prodidit sapientun per quod civilates et popull < regerentar. » {De civîi, Dei, liv. lY, chap. xxti.) 2. lèid, — 3. « Adeone me delirare censés ut ista credam? »

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