‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 4)Chapitre 47 sur 168 · LETTRE X · texte numérisé non relu

LETTRE X

MIRZA A SON AMI USBEK, A Erzeron.

Tu étols le seul qui pût me dédommager de Pab<sence de Rica ; et il n'y avoit que Rica qui put me consoler de la tienne. Tu nous manques , IJsbek ; tu étois l'âme de notre société. Qu'il faut de violence pour rompre les engagements que le cœur et l'esprit ont formés !

Nous disputons ici beaucoup ; nos disputes roulent ordinairement sur la morale. Hier on mit en question si les hommes étoient heureux par les plaisirs et les satisfactions des sens ou par la pratique de la vertu. Je t'ai souvent ouï dire que les hommes étoient nés pour être vertueux, et que la justice est une qualité qui leur est aussi propre que l'existence. Explique^moi , je te prie , ce que tu veux dire.

J'ai parlé à des moUaks, qui me désespèrent avec leurs passages de l'Alcoran : car je ne leur parle pas comme vrai croyant, mais comme homme, comme citoyen, comme père de famille. Adieu.

D 'Ispahan , le dernier de la lune de Saphar, 1 7 1 1 .

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