LETTRE LXXII
RICA A USBEK
Je me trouvai l'autre jour dans une compagnie où je vis un homme bien content de lui. Dans un qu&rt d'heure il décida trois questions de morale , quatre problèmes historiques , et cinq points de physique. Je n^ai jamais vu un dëcisionnah^e si universel ; son esprit ne fut jamais suspendu par le moindre doute. On laissa les sciences ; on parla des nouvelles du temps : il décida sur les nouvelles du temps. Je voulus l'attraper, et je dis en moi-même : Il faut que je me mette dans mon fort ; je vais me réfugier dans mon pays. Je lui parlai de la Perse :
44o LETTRES PERSANES,
mais, à peine lui eus-je dit quatre mots, quil me donna deux démentis , fpndë sur rautoritë de messieurs Tavemier et Chardin. Ah ! bon Dieu ! dis-je en moi-même , quel homme est*ce 1^ ? Il connoîtni tout à Theure les rues dlspahan mieux que moi ! Mon parti fut bientôt pris : je me tus , je le laissai parler, et il décide encore.
De Paris y le S de ia lune de TÀlcctdé ^ 171 5.