LETTRE LXX
FRAGMENT IVUNE LETTRE A M. L'ABBÉ DE GÛASCO.
Je n'ai pu lire votre lettre de Florence , du 8 février, sans le plaisir le j^lus sensible et la plus tendre reconnoissance. Je connois depuis longtemps de réputation M. l'abbé marquis Niccolini et monseigneur Cerati ; j'en ai cent fois entendu parler à mon père dans les termes les plus affectueux , et qui peignoient le mieux la sympathie qui étoit entre leurs âmes et la sienne. J'accepte vos offres ' et les leurs ; elles sont trop honora- — ■ - -- ....- .■.- ^^,. . ^ . ..^. ^ ... . ..
M Heur aux préjuges et aux iii«xâii€s éommuBes , IVnvie de » plaire et de mérher les applaudissements de ces personnes » qui donnent le ton à l'estime publique , et qui n'accordent » jamais plus sûrement la leur que quand on semble les » autoriser à secouer le joug de toute dépendance et dé n toute contrainte, qui lui aVoient mis les urines à la main H contre la religion ». Le P. Routh eut l'impuftence de faire mettre un aveu si peu assorti au caractère de sincérité de cet écrivain dans la GateUe tCXJtrecht, d^abord après sa mort.
' Cet ami kû avôit écrit que M. Geratrèt Fabbé Niccolini , cpoiqu'ik ne fussent point aoembyear de l'Académie de Bordeaux y Youloienlt s'associer à V^Êwe qu'il avoit déj& faite luimême de contribuer à la dépensé d'uii buste ev marbre de Montesquieu , qu'il fero^ exécute^ en Ital^ par u»4ésplus babiles sculpteurs , pour être placé dans fà salie de ses assemblées; et cela pour fiiciliter l'effet de k délibération que
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blés à la mémoire de mon père pour n'être pas reçues avec tout le respect et toute la tendresse possible. Quelques académiciens contribueront avec plaisir à la dépense : mais nous ne pouvons pas faire beaucoup de fond sur ces secours ; je ne puis même vous dire à présent jusqu'où s'éten* droit leur générosité. Je ne sais si les François sont trop vains ; mais nous croyons avoir à présent en France des sculpteurs aussi habiles qne ceux de Tltalie. On étoit même convenu du prix avec M. Lemoine. C'est l'homme du monde le plus généreux et le plus désintéressé. L'Académie Françoise ayant désiré d'avoir un portrait ' de mdn père , et les peintres fameux de Paris ayant refusé de s'en charger, vu la difficulté de réussir avec le seul secours de la médaille frappée par les Anglois , M. Lemoine se prêta de la meilleure grâce du monde, à aider un jeune peintre, par
rAcadémie avoit prise d'ériger un pareil monnment , mais qui ëtoit arrêtée , faute de fonds dans la caisse de ladite Académie.
' Montesquieu ne s'étoit jamais soucié de se faire peindre ; et cène fut qu'après des difficultés infinies qu'il accorda aux instances de l'abbé de Guasco , qui étoit à Bordeaux arec lui, de se laisser tirer par un peintre italien qui passoitpar cette ville en revenant d'Espagne. Cet ami possède ce por* trait , qui est assez ressemblant , et le seul qui existe , fiût d'aprës n^àture- 1] m'a dit "«• '* *»ejnlre aifiiroit n*avoir jamais peint un homme lomie tti^rtgf'rtt Uni
d' un *^ moment â V^u^ peu d^J
prêter son visage. iv
un médaillon en grand qu'il eut la bonté de faire , très-ressemblant à la petite médaille. Or M. Lemoine , ayant eu une fois dans sa tête la figure de mon père , sera plus en état qu'un autre de la rendre dans un buste de marbre ; et comme il a gardé le modèle de ce qu'il a fait , et qu'il l'a fait voir à plusieurs personnes qui ont coonu mon père » et lui ont fait remarquer les défauts qui étoient restés dans ses essais , c'est encore une raison de plus pour le faire réussir dans un ouvrage de conséquence. .
Secondât db Montesquieu.
De Bordeaux, le nS mars i755.