FRAGMENT D'UNE LETTRE AU MÊME
Je vois que vous n'avez point reçu la lettre que j'eus l'honneur de vous écrire de Paris , dans laquelle je vous parlois amplementdu buste de l'auteur de l'Esprit des Lois, M. le prince de Beauvau , ;iyant été nommé commandant de la Guienne en 1765, parut désirer une place à l'Académie de Bordeaux; sur-le-chamji elle lui fut offerte, et il l'accepta : il pria l'Académie d'jagréer qu'il fît faire un buste en marbre de l'auteur de V Esprit des Lois y pour être placé dans la salle de ses assemblées; cela fut agréé avec beaucoup de recon-
noissance. M. Lemoioe travaille à ce buste , et il sera bientôt achevé. Si monseigueur Cerati et M. le marquis Niccolini pouvoient désirer d'être associés étrangers de TAcadémie de Bardeaux , je me ferois gloire de les proposer par principe d'estime et de reconnoissance. Je sais qu'il y a mille choses à en dire ; mon père ne me parloit d'eux qu'avec des sentiments les plus vifs de respect et d'amitié : mais , comme je n'ai pas bien retenu tout ce qu'il m'en disoit, je parlerai mieux d'après ce que vous m'en écrirez; et, comme ancien membre de notre Académie, vous devez vous intéresser à sa gloire.
Secondât de Montesquieu..
De Bordeaux , le
LETTRE LXXIL
AU CHEVALIER D'AYDIES.
Vous êtes adorable, mon cher Chevalier; votre amitié est précieuse comme l'or , et je vais m'arranger pour être à Paris avant le départ de cet homme qui distribue la lumière. Mais vous serez à Plombières, et je serai malheureux de jouer aux barres. Je suis bien charmé de la conversation que vous avez eue ; je ne crains jamais rien là où vous êtes. M. de Fontenelle a toujours eu cette qualité bien excellente poUr un homme tel que lui : il loue les autres sans peine.
DelaBrëde, 1748.
LETTRE LXXIIL
AU MÊME
Donc, si j'avois fait V Esprit des Lois^ j'aurois acquis l'estime de mon cher Chevalier, il m^en aimeroit davantage : pourquoi donc ne pas faire V Esprit des Lois? J'ai toute ma vie désiré de lui plaire; c'est pour cela que je lui ai donné une permission générale de faire les honneurs de mon imbécillité. Je vois que l'auteur de cet ouvrage doit consentir à perdre l'estime de M. Daube. Votre lettre est une lettre charmante; je croyois, en la lisant, vous entendre parler.
De Bordeaux , le 27 janvier 1 749*