‹ Œuvres complètes de Montesquieu (volume 5)Chapitre 61 sur 129 · Tome V · texte numérisé non relu

Tome V

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leiits antidotes contre la mélancolie. Je me fais une fête de vous mener à ma campagne de la Brède , où vous trouverez un château , gothique à la vérité, mais orné de dehors charmants, dont j'ai pris l'idée en Angleterre. Comme vous avez du goût , je vous consulterai sur les choses que j'entends ajouter à ce qui est déjà £ait; mais je vous consulterai surtout sur mon grand ouvrage \ qui avance à pas de géant depuis que je ne suis plus dissipé par les dîners et les soupers de Paris. Mon estomac s'en trouve aussi mieux; et j'espère que la sobriété avec laquelle vous vivrez chez moi sera le meilleur spécifique contre vos incommodités. Je vous attends donc cette automne, très-empressé de vous embrasser.

De Bordeaux, le i*' aoAt 1744*

AU MÊME

Nous partirons lundi, docte abbé, et je compte sur vous. Je ne pourrai pas vous donner une place dans ma chaise de poste, parce que je mène madame de Montesquieu ; mais je vous donnerai des chevaux. Vous en aurez un qui sera comme un bateau sur un canal tranquille , et comme une gondole de Venise, et comme un oiseau qui plane

' L'Esprit des Lois,

dans les airs. La voiture du cheval est très-bonne pour la poitrine : M. Sydenham la conseille surtout; et nous avons eu un grand médecin qui prétendoit que c'étoit un si bon remède, qu'il est mort à cheval. Nous séjournerons à la Brède jus* qu'à la Saint-Martin; nous y étudierons, nous nous promènerons, nous planterons des bois, et ferons des prairies. Adieu , mon cher abbé ; je vous embrasse de tout mon cœur.

De Bordeaux, le 3o septembre 1744*

LETTRE XIL

AU MÊME

Je serai en ville après-demain. Ne vous engagez pas à dîner, mon cher abbé , pour vendredi ; vous êtes invité chez le président Barbot II faudra y être arrivé à dix heures précises du matin , pour commencer la lecture du grand ouvrage que vous savez ' : on lira aussi après dîner ; il n'y aura que vous , avec le président et mon fils ; vous y aurez pleine liberté de juger et de critiquer *.

Je viens d'envoyer votre anacréontique ' à ma

■ s.. Il * I. ■ . I ■ I I I III.

' L* Esprit des Lois,

^ Uun de ceax qui assistoient à cette lecture m'a dit que, ()ès qu'on relevoit quelque chose, il ne fiiisoit pas la moindre difficulté de le corri^r , de le changer , ou de rëclaircir.

5 II s'agit ici d'une petite pièce de poésie envoyée pour

3o8 LETTRES

fille ; c'est une pièce charmante dont elle sera

fort flattée. J'ai aussi lu votre étrenne ou épitre

pétrarquesque à madame de Pontac *, elle est

pleine d'idées agréables. L'abbé, vous êtes poète',

et on diroit que vous ne vous en doutez pas.

Adieu.

De laBrëde, le lo février 1745.

LETTRE XIIL

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