A PARIS
Four vous prouver, illustre abbé, combien vous avez eu tort de me quitter , et combien peu je
' Aateur de la ^le de Charlemagne , et de plusieurs ouvrages faits pour le théâtre , tels que la comédie des Mécon^ tents , et trois opéras intitulés : les p^oyages de F Amour, Dardanus, Èrigone , et le Prince de Noisy, il mourut en 1755 , de la petite^vérole , à Rome , oii il étoit resté chargé des affaires de France , et fut extrêmement regretté de tout le monde. Il avoit le privilège du Mercure de France, qui a passé après lui à M. de Boissy.
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puis être sans vous , je vous donne avis que je pars pour vous aller joindre à Paris ; car , depuis que vous êtes parti, il me semble que je n'ai plus rien à faire ici. Vous êtes un imbécille de n'avoir point été voir l'archevêque ' , puisque vous vous êtes arrêté quelques jours à Tours : c'étoit peut - être la seule personne que vous aviez à voir; et il vous auroit trèsbien reçu. Vous auriez dû faire un demi-tour à gauche à Veret ; M. et M"* d'Aiguillon vous en auroient loué. Cela valoit bien mieux que votre abbaye de Marmoutier , où vous n'aurez vu que des choses gothiques, et de vieilles paperasses qui vous gâtent les yeux. Votre Irlandois de Nantes m'a beaucoup diverti. Un banquier a raison de se figurer qu'un homme qui s'adresse à lui pour chercher des académies parle de celles de jeu , et non des académies littéraires où il n'y a rien à gagner pour lui. Le curé voit en songe son clocher, et sa servante y voit la culotte. Je savois bien que vous aviez fait vos preuves de coureur; mais je n'aurois pas cru que vous puissiez faire celle de courrier : M. Stuart dit que vous l'avez mis sur les dents. Quand vous vous embarquerez une autre fois , embarquez votre chaise avec vous ; car on. ne remonte pas les rivières comme on les descend. J'espère que vous ne vous presserez pas
' M. àe Rastignac , un des plus illustres prélats de France de son temps.
de partir pour l'Angleterre : il seroit bien mal à vous de ne pas attendre quelqu'un qui fait cent cinquante lieues pour vous aller trouver. Je compte d'être à Paris vers le 17 i vous avez le temps, comme vous voyez, de vous transporter dans la rue des Rosiers; car il ne faut pas que vous vous éloigniez trop de moi. Adieu ; je vous embrasse de tout mon cœur.
De Bordeaux, le 29 juillet 1749*